FROZEN ★★

Ice, ice baby de Chris Buck et Jennifer Lee avec les voix de Kristen Bell, Idina Menzel, Jonathan Groff, Josh Gad, Santino Fontana, Alan Tudyk, Ciaran Hinds, Chris Williams, Stephen J. Anderson et Maia Wilson. Scénario : Jennifer Lee, d’après une histoire de Chris Buck, Jennifer Lee et Shane Morris, et du conte La Reine des Neiges de Hans Christian Andersen. Musique : Christophe Beck. Montage : Jeff Draheim. Durée : 1h42 – 2013 – 6/1/14 – USA – 1168 – TF : « La Reine des Neiges »

–       Papa ? C’est la Reine des Neize là ?

–       Non, ça c’est un court-métrage, c’est comme un film, mais qu’on aurait circoncis tu vois ? Tiens, là c’est Mickey, et là…ah ben c’est Pat Hibulaire…et ah ? tiens…ils font comme s’il sortait de l’écran pour arriver dans la salle de cinéma dis donc… c’est drôlement bien fait…on croirait presque qu’il est … Oui, viens sur mes genoux mon chat, c’est vrai que ça doit faire un peu peur…

–       Et là ? C’est la Reine des Neizes ?

–       Non, ça c’est une publicité pour dire que tu peux pas être heureux si t’as pas une belle voiture.

–       C’est vrai ?

–       Si ça le devient, c’est qu’on a complètement raté ton éducation.

–       Dans quelle heure ça commence la Reine des Neizes ?

–       Quand les lumières s’éteindront, ah ben tiens, voilà, ça y est, c’est parti.

–       Pouquoi la dame elle nous marche dessus papa ?

–       Parce que c’est comme ça mon chat, au cinéma, y’a toujours quelqu’un qui attend que la lumière soit éteinte et que le film commence pour se faufiler dans ta rangée en écrasant tout le monde.

–       C’est elle la Reine des Neizes ?

–       Euh ben je sais pas, j’ai pas encore vu le film. Mais oui, on dirait bien, regarde, elle a de la magie.

–       Pouquoi elle a de la mazie ?

–       Eh ben je sais pas.

–       Et ça c’est la Reine des Neizes ?

–       Non, ça c’est sa sœur, Anna. Tiens, bim, tu vois, la Reine des Neiges elle a blessé sa petite sœur sans faire exprès et du coup, elle est obligée de rester enfermée dans sa chambre.

–       Pouquoi ?

–       Ben parce qu’il faut qu’elle cache ses pouvoirs magiques.

–       Pouquoi ?

–       Ben parce que ça fait peur aux gens.

–       Pouquoi ?

–       Ben parce que les gens, dès qu’ils comprennent pas quelque chose, ça leur fait peur.

–       Pouquoi ?

–       Parce que les gens ils voudraient que tout le monde soit exactement comme eux.

–       Pouquoi ?

–       Regarde le film.

–      

–       Ça va t’aime bien les chansons ?

–       Oui.

–       Parce que c’est un peu niiiiiiii, pénible non ?

–      

–       Bon, tant mieux hein si ça te gêne pas. Niiiiiiiiiiiiiiiii.

–       Papa ? Pouquoi la Reine des Neizes elle a tout glacé ?

–       Ben parce qu’elle est en colère tu vois. Elle s’est retenue longtemps, sa colère est devenue très grosse et pouf, quelqu’un l’a énervé et tout est sorti d’un coup. Comme papa quand on lui prend sa place sur le parking de Carrefour tu vois ?

–       Elle est méssante la Reine des Neizes ?

–       Non mon cœur, les gens qui se mettent en colère sont pas méchants, ils ont juste un léger souci de self control quoi, rien de grave et puis bon..euh..tiens, regarde le film.

–      

–       T’aimes bien alors les chansons ?

–       Oui.

–       Ah tant mieux hein. Parce que moi ça me … Enfin. Y’en a beaucoup tout de même hein ? Niiiiii.

–       Papa sékoisa ?

–       Ah ben c’est le château de glace où la Reine des Neiges s’est enfermée. T’as vu un peu le travail de malade sur les textures ? T’as vu comment c’est bien fait la glace ? Et la neige ? Comment c’est visuellement sublime ?

–       ….

–       Hmm. Oui donc c’est son château quoi.

–       ….

–       Ahahahahahahahah !!!!

–       Quoi papa ?

–       Non rien, c’est le bonhomme de neige qui m’a fait rire !

–       Pouquoi ?

–       Ben parce qu’on dirait qu’il est complètement défon…enfin, il est super marrant quoi. Tu trouves pas ?

–       ….

–       Ah tiens, encore une chanson… dis donc, ils ont mis le paquet là hein ?

–       Il est où le paquet ?

–      

–       Papa…z’ai peur…

–       Oui, je comprends, il est impressionnant ce Golem des Neiges.

–       Sékoi un Golem ?

–       Et bien dans la mythologie juive, le Go.. Euh, non, mais en fait c’est un gros monstre bonhomme de neige.

–       Pouquoi il est méssant ?

–       Ben il protège la Reine des Neiges de ceux qui veulent lui faire du mal tu vois…Donc bon, il est pas vraiment méchant si on se met du côté de la Reine. Alors que si tu regardes les choses sous l’angle de Hans, c’est vrai que le Go.. le monstre est méchant. Tout est toujours question de perspective tu vois ? On est toujours le méchant d’un autre finalement.

–       ….

–       N’ai pas peur, c’est fini.

–       Pouquoi ?

–       Ben tu vois, il est tombé là le monstre, il va pas revenir.

–       Et là c’est la Reine des Neizes ?

–       Non, c’est sa sœur mais là c’est vrai que comme ses cheveux ont blanchis et qu’ils ont dessiné la même tête pour les deux, on sait plus trop qui est qui.

–       Pouquoi c’est la tempête ?

–       Ben c’est la magie de la Reine qui se déchaine quoi. C’est le climax ! L’apothéose ! Le bouquet final ! T’as vu comment c’est bien fait ?! C’est un peu la folie non ?

–       Il est mort le seval ?

–       Alors c’est pas un cheval, c’est un renne. Qui agit comme un chien. C’est rigolo tu trouves pas ?!

–      

–       En fait, c’est quoi qui te fait rire ?!

–      

–       Hmmm…. Et ça va là, les chansons ça te casse pas les oreilles ?

–       Nooooon !! Papa, t’as perdu la boule ou quoi ? On peut pas casser les oreilles!

–       Ah oui, c’est vrai.

–       ….

–       Gulp.

–       Quoi papa ?

–       Hein ? Rien. Rien du tout voyons. Quoi quoi ? Tu crois que je suis en train de trouver ça émouvant ?! Ah ah ah ! N’importe quoi. Ton père c’est un bonhomme. Un vrai. Il va pas être touché par un dessin animé de Disney et bouhouhouhou…c’est beauuuuuuuuu…

–       Ze crois que z’ai rarement été aussi zéné.

–       Oui ben le répète pas aux copains demain.

–       Sékoisa papa ?

–       Ben c’est le générique de fin chouchou. C’est fini.

–       Pouquoi ?

–       Ben c’est comme ça, dans les films y’a un début, un milieu et une fin.  Ça t’a plu alors ?

–       Oui.

–       C’était bien hein ? A part les chansons, c’était vraiment pas mal. J’ai trouvé ça chouette ce retour à du old school, avec les princesses, les princes charmant, l’amour plus fort que tout et quelle animation ! Quelle mise en scène ! C’est ouf ce qu’ils sont capables de faire maintenant ! Et ces cailloux-Troll, trop marrant ! Ah vraiment, j’ai passé un bon moment. Bon, à part les chansons. Et toi ?!

–       Z’ai faim.

–       Ah oui. On va rentrer mon cœur.

–      

(une dizaine de minutes plus tard…)

–       Papa ? Pouquoi la mazie de la Reine des Neizes elle a grandi ? Pouquoi il est en prison le méssant ? Pouquoi celui qu’a le pistolet il est zentil ? Papa pouquoi elle peut pas zouer avec sa sœur la Reine des Neizes ? Pouquoi le monstre bonhomme de neize il est méssant ? Pouquoi Olaf il est rigolo ? Papa, ça va être son mari à la sœur de la Reine des Neizes ? On va retourner quand voir la Reine des Neizes ? Pouquoi elle a tout glacé ? Papa dans quelle heure il va neizer ? (….)

SATURN 3


Je devais avoir 8 ou 9 ans quand Saturn 3 est passé sur FR3. A l’époque on disait  éfère 3 et y’avait un rectangle blanc pour dire que c’était pas un flim pour les petitous. Ce devait donc être un jeudi soir car dans mes souvenirs, le jeudi soir sur éfère 3, y’avait des films fantastique/SF/horreur avec des rectangles blancs, et c’est d’ailleurs sur éfère 3 qu’à peu près au même âge, je suis tombé sur L’Exorciste, et que ça m’a flingué les 15 nuits qui ont suivies.
De Saturn 3, bizarrement, je n’ai conservé qu’une seule et unique image. Celle, plutôt gore, d’un piki chien écrasé par un robot.
Effectivement, 30 ans après, je découvre avec joie que je n’ai pas fantasmé cette vision, elle existe bel et bien dans ce film de Stanley Donen, mais non seulement elle est sombre mais en plus, elle doit durer à peu près deux secondes.
Comment un plan si furtif a-t-il pu me marquer à ce point ? Et pourquoi ? Quels sont les mécanismes mnémoniques au travail dans le cerveau d’un enfant pour imprimer ad vitaem une si éphémère image ? Par quel magie psycho-neurologique le processus d’enregistrement durable s’est-il effectué ? Et pourquoi celle-là ? Pourquoi pas les seins de Farah Fawcett ? Ou la tête de Keitel arrachée et posée sur le robot Hector ?
Bon, c’est vrai, j’aime les pikis chiens. Et j’aime pas trop qu’on leur fasse du mal, même dans les films. Et encore moins les voir en chiche kebab après qu’un androïde leur soit passé dessus. Ca a dû jouer sur le fait que je conserve ce souvenir enfermé à double tour dans le coffre-fort de ma mémoire.
En plus je n’allais m’intéresser aux seins des femmes que deux ans plus tard, lorsque depuis sa piscine, Sabrina chanterait Boys, Boys, Boys le samedi soir dans le Top 50.

Bon, bref, le chien pulvérisé était donc le seul élément de Saturn 3 qui me restait dans le disque dur et de le revoir ressemble donc de très près à une toute première fois, tou-toute première fois.
Et bon, ben c’est ultra-cheapos fauché au possible hein. Toute l’intro, avec voyages interstellaires et asaturnissage jusqu’à la station scientifique, c’est à pleurer tellement on dirait les jouets de mon fils filmés de très près juste pour faire croire qu’ils sont plus gros.
Après, quand le huis clos démarre, ça pique moins les yeux. Et puis le scénario fait oublier le côté carton-pâte du bordel. Parce que le scénario est juste délirant ! 
En gros, l’histoire c’est quoi ? Un mec chelou qui rejoint un couple de scientifiques enfermés dans une station sur Saturne pour chercher un remède à la famine qui ronge la Terre. Mais apparemment, les deux scientifiques ont encore rien trouvé et c’est pour ça que le mec chelou (Harvey Keitel, tout jeune, avec une petite queue de cheval du plus laid effet) déboule avec un cyborg en kit, qu’il va construire pour aider les scientifiques. Ces derniers, joués par l’inénarrable Kirk Douglas et la Barbie saucisse Farah Fawcett, font rien qu’à picoler et à niquer. Ils prennent même des ecstas à la première occasion ! On comprend mieux pourquoi la famine est pas réglée.
Le mec chelou, il voit Fawcett et tout naturellement, il la trouve bonne. Alors il veut la pécho. Mais elle veut pas parce qu’elle dit appartenir au vieux briscard de Kirk que tu m’étonnes que son fiston il ait niquait tout ce qu’il bougeait avec un exemple pareil à la maison. C’est donc fou de voir comment la meuf est traitée uniquement comme un sac à pines mais visiblement, ça ne lui met pas les boules à Fawcett. 
Bref le mec chelou est vénère de pas pouvoir sauter Fawcett et comme ses pensées sont directement transmises à Hector, voilà que le robot pète un boulard et se met à psychoter et à traquer les z’humains façon Alien.
En gros, toute la problématique de cet improbable nanar SF est de savoir qui peut ou non baiser Fawcett.
Je suis assez fan de ce genre de trajectoire dans un film, je trouve que ça résume bien l’essentiel de ce qui compte finalement dans notre monde.
Pourquoi se faire chier avec des conneries métaphysiques, philosophiques mon cul sur la commode, des messages, des analyses, des métaphores politiques ou sociales quand la seule vérité qui vaille la peine d’être abordée se situe entre les cuisses des filles ? 
La conclusion du film est d’ailleurs assez claire là-dessus. Les mecs (humains ou robots) se sont entretués pour la Fawcett qui finit expédiée sur Terre où, le mec chelou nous a prévenu, elle pourra niquer avec tout le monde puisqu’on y pratique désormais l’amour libre à l’échelle planétaire. 
En gros, l’humanité peut continuer à crever de faim, c’est pas grave, tant qu’elle peut baiser Fawcett. Ce sur quoi je suis pas complètement pas d’accord.
Donc voilà, c’est plutôt marrant, ça se laisse regarder d’un œil distrait, la Fawcett est constamment en nuisette ou petite culotte et le Kirk n’hésite pas à montrer son derche, le robot est un peu kitsch mais on a vu pire, ça dure 1h23 donc même pas le temps de s’emmerder, et plutôt que de regarder des conneries à la télé, j’ai toujours préféré un délicieux petit naveton gentiment ringard, j’en ai moins honte que de comater devant n’importe quelle merde de téléréalité.
Ah et pour l’anecdote rigolote, en cherchant des photos du film, je suis tombé sur une scène inédite qui va encore plus loin dans l’ultra-sexualisation de la Fawcett, preuve, s’il en fallait encore une, que l’enjeu majeur de Saturn 3, en dépit de mon souvenir de chien écrasé, était une chatte. 
Scène coupée à découvrir ici :
http://deadstillalive.canalblog.com/archives/scenes_inedites/index.html

Je devais avoir 8 ou 9 ans quand Saturn 3 est passé sur FR3. A l’époque on disait  éfère 3 et y’avait un rectangle blanc pour dire que c’était pas un flim pour les petitous. Ce devait donc être un jeudi soir car dans mes souvenirs, le jeudi soir sur éfère 3, y’avait des films fantastique/SF/horreur avec des rectangles blancs, et c’est d’ailleurs sur éfère 3 qu’à peu près au même âge, je suis tombé sur L’Exorciste, et que ça m’a flingué les 15 nuits qui ont suivies.

De Saturn 3, bizarrement, je n’ai conservé qu’une seule et unique image. Celle, plutôt gore, d’un piki chien écrasé par un robot.

Effectivement, 30 ans après, je découvre avec joie que je n’ai pas fantasmé cette vision, elle existe bel et bien dans ce film de Stanley Donen, mais non seulement elle est sombre mais en plus, elle doit durer à peu près deux secondes.

Comment un plan si furtif a-t-il pu me marquer à ce point ? Et pourquoi ? Quels sont les mécanismes mnémoniques au travail dans le cerveau d’un enfant pour imprimer ad vitaem une si éphémère image ? Par quel magie psycho-neurologique le processus d’enregistrement durable s’est-il effectué ? Et pourquoi celle-là ? Pourquoi pas les seins de Farah Fawcett ? Ou la tête de Keitel arrachée et posée sur le robot Hector ?

Bon, c’est vrai, j’aime les pikis chiens. Et j’aime pas trop qu’on leur fasse du mal, même dans les films. Et encore moins les voir en chiche kebab après qu’un androïde leur soit passé dessus. Ca a dû jouer sur le fait que je conserve ce souvenir enfermé à double tour dans le coffre-fort de ma mémoire.

En plus je n’allais m’intéresser aux seins des femmes que deux ans plus tard, lorsque depuis sa piscine, Sabrina chanterait Boys, Boys, Boys le samedi soir dans le Top 50.

Bon, bref, le chien pulvérisé était donc le seul élément de Saturn 3 qui me restait dans le disque dur et de le revoir ressemble donc de très près à une toute première fois, tou-toute première fois.

Et bon, ben c’est ultra-cheapos fauché au possible hein. Toute l’intro, avec voyages interstellaires et asaturnissage jusqu’à la station scientifique, c’est à pleurer tellement on dirait les jouets de mon fils filmés de très près juste pour faire croire qu’ils sont plus gros.

Après, quand le huis clos démarre, ça pique moins les yeux. Et puis le scénario fait oublier le côté carton-pâte du bordel. Parce que le scénario est juste délirant !

En gros, l’histoire c’est quoi ? Un mec chelou qui rejoint un couple de scientifiques enfermés dans une station sur Saturne pour chercher un remède à la famine qui ronge la Terre. Mais apparemment, les deux scientifiques ont encore rien trouvé et c’est pour ça que le mec chelou (Harvey Keitel, tout jeune, avec une petite queue de cheval du plus laid effet) déboule avec un cyborg en kit, qu’il va construire pour aider les scientifiques. Ces derniers, joués par l’inénarrable Kirk Douglas et la Barbie saucisse Farah Fawcett, font rien qu’à picoler et à niquer. Ils prennent même des ecstas à la première occasion ! On comprend mieux pourquoi la famine est pas réglée.

Le mec chelou, il voit Fawcett et tout naturellement, il la trouve bonne. Alors il veut la pécho. Mais elle veut pas parce qu’elle dit appartenir au vieux briscard de Kirk que tu m’étonnes que son fiston il ait niquait tout ce qu’il bougeait avec un exemple pareil à la maison. C’est donc fou de voir comment la meuf est traitée uniquement comme un sac à pines mais visiblement, ça ne lui met pas les boules à Fawcett.

Bref le mec chelou est vénère de pas pouvoir sauter Fawcett et comme ses pensées sont directement transmises à Hector, voilà que le robot pète un boulard et se met à psychoter et à traquer les z’humains façon Alien.

En gros, toute la problématique de cet improbable nanar SF est de savoir qui peut ou non baiser Fawcett.

Je suis assez fan de ce genre de trajectoire dans un film, je trouve que ça résume bien l’essentiel de ce qui compte finalement dans notre monde.

Pourquoi se faire chier avec des conneries métaphysiques, philosophiques mon cul sur la commode, des messages, des analyses, des métaphores politiques ou sociales quand la seule vérité qui vaille la peine d’être abordée se situe entre les cuisses des filles ?

La conclusion du film est d’ailleurs assez claire là-dessus. Les mecs (humains ou robots) se sont entretués pour la Fawcett qui finit expédiée sur Terre où, le mec chelou nous a prévenu, elle pourra niquer avec tout le monde puisqu’on y pratique désormais l’amour libre à l’échelle planétaire.

En gros, l’humanité peut continuer à crever de faim, c’est pas grave, tant qu’elle peut baiser Fawcett. Ce sur quoi je suis pas complètement pas d’accord.

Donc voilà, c’est plutôt marrant, ça se laisse regarder d’un œil distrait, la Fawcett est constamment en nuisette ou petite culotte et le Kirk n’hésite pas à montrer son derche, le robot est un peu kitsch mais on a vu pire, ça dure 1h23 donc même pas le temps de s’emmerder, et plutôt que de regarder des conneries à la télé, j’ai toujours préféré un délicieux petit naveton gentiment ringard, j’en ai moins honte que de comater devant n’importe quelle merde de téléréalité.

Ah et pour l’anecdote rigolote, en cherchant des photos du film, je suis tombé sur une scène inédite qui va encore plus loin dans l’ultra-sexualisation de la Fawcett, preuve, s’il en fallait encore une, que l’enjeu majeur de Saturn 3, en dépit de mon souvenir de chien écrasé, était une chatte.

Scène coupée à découvrir ici :

http://deadstillalive.canalblog.com/archives/scenes_inedites/index.html

DANS L’OEIL DU CORBEAU ★★★

★★★<br /><br /><br />
Pierre Chassagnieux, France, 2014, 52mn, Nilaya<br /><br /><br />
Qui sont les « corbeaux », ces mystérieux expéditeurs de lettres anonymes, majoritairement diffamatoires, quelquefois susceptibles d’aider justice et/ou police dans une enquête compliquée ? Pourquoi se cachent-ils ? Que cherchent-ils ? Par quels moyens réussissent-ils, au moins un temps, à rester incognitos, cachés derrière des missives qui vomissent leur haine, leur jalousie, leur médisance ou expriment ce qu’ils ont trop peur d’avouer à visage découvert ?<br /><br /><br />
En suivant le parcours d’une lettre anonyme, depuis sa confection jusqu’à sa neutralisation par les services de tri postaux, c’est ce à quoi va répondre ce film-documentaire que j’ai eu la chance de découvrir en avant-première et qu’a réalisé mon ami Pierre Chassagnieux.<br /><br /><br />
Le voyage de la lettre, bien qu’offrant des images toujours étonnantes et fascinantes de l’envers du décor de la poste, du ramassage à la distribution des facteurs en passant par les centres de tri, n’est pas le plus palpitant.<br /><br /><br />
Ce sont les étapes de ce voyage qui font de L’œil du Corbeau, plus qu’un simple documentaire, une sorte de mini anthologie du polar, trois histoires qui ont pour seul point commun les lettres d’un corbeau.<br /><br /><br />
La première, à Tulle en Corrèze au tout début du XXème Siècle, avec ce corbeau qui inondait la ville de missives ordurières qui n’épargnaient rien ni personne, 110 lettres qui entrainèrent méfiance, psychose et mort, est stupéfiante tant elle dépeint une affaire de mœurs aujourd’hui évidemment impensable et à travers elle, une société sclérosée par le conformisme, les codes de bonne conduite et une pensée unique étriquée, qui ne laisse nulle place à la différence et la liberté de se comporter autrement.<br /><br /><br />
Grâce à la passion de l’intervenante qui revit l’affaire en même temps qu’elle nous la raconte ainsi qu’aux nombreuses archives retrouvées pour illustrer le contexte, les décors et les protagonistes, le tout solidement épaulé par des images de reconstitution soignées, travaillées et qui nous immergent directement au cœur de l’histoire, c’est quasiment à un voyage dans le temps que nous convie Pierre Chassagnieux, l’ombre des brigades du tigre plane sur cette enquête aux rebondissements nombreux et surprenants et la résolution, loin d’être manichéenne, touche à un drame humain tellement complexe, qu’il est compliqué de se faire un avis tranché sur la personnalité du corbeau et l’ambiguïté de nos sentiments à son égard ajoute un plaisir supplémentaire à suivre cette étonnante intrigue que je ne connaissais personnellement pas et qui a été adapté en 1943 par Henri-George Clouzot dans le classique Le Corbeau.<br /><br /><br />
La deuxième histoire est la tristement célèbre affaire du petit Grégory, qui n’en finit pas, 30 ans après de continuer à rebondir. Sauf qu’ici, sans rien vous dévoiler de ce que l’on apprend, l’identité du corbeau/meurtrier (fait rare nous explique un policier, puisqu’un corbeau ne passe généralement jamais à l’action et reste bien planqué derrière ses lettres anonymes) est très clairement révélée, il n’y a que peu de doutes possibles et c’est plus le récit d’un fiasco judiciaire qui nous est conté.<br /><br /><br />
Une affaire dont le contexte de misère sociale ne m’avait jamais autant frappé qu’à travers les incroyables archives dénichées par le réalisateur, dont un stupéfiant enregistrement des appels téléphoniques du corbeau, et c’est sincèrement dérangeant de découvrir ces protagonistes pathétiques dont la mesquinerie et l’intelligence visiblement limitée ont causé la mort d’un enfant innocent.<br /><br /><br />
Là encore, c’est conçu comme un polar, on avance dans l’intrigue avec ce plaisir légèrement sordide de découvrir une galerie de personnages dans laquelle se cache évidemment le suspect et c’est une réelle frustration de quitter trop tôt (durée du documentaire oblige) cet univers qu’on croirait sorti du film Série Noire tant il offre une plongée dans un contexte social complètement déprimant.<br /><br /><br />
La troisième histoire montre quant à elle qu’un corbeau n’est pas seulement une menace ou un semeur de troubles, mais peut aiguiller, par sa connaissance de faits trop sensibles pour être révélés publiquement, la justice dans une enquête comme celle que menait la juge Eva Joly sur Elf.<br /><br /><br />
Pour ceux qui connaissent l’histoire, on en retrouve ses pitoyables vedettes, de Loic Le Floch-Prigent à Christine Deviers-Joncour en passant par le si bien chaussé Roland Dumas, mais on découvre grâce à pierre Chassagnieux qui a réussi à décrocher une interview d’Eva Joly à propos de cette enquête (alors qu’elle ne s’était plus exprimé sur ce sujet) comment des lettres anonymes ont aidé à faire avancer une procédure qui aurait forcément mis beaucoup plus de temps à démasquer le scandale d’état, surtout qu’elle ne partait pas dans cette direction mais sur un montage financier dont Loic Le Floch-Prigent nous parle avec un détachement cynique qui ne fera que confirmer l’abjection que l’on peut éprouver à l’égard de ces grands patrons qui trouvent rien moins que normal d’obéir à des ordres qui éclaboussent d’indélébiles tâches la robe de notre République, à présent si souillée qu’elle ferait passer pour un modèle d’immaculée propreté celle de Monica Lewinsky.<br /><br /><br />
Ajoutez à cela un bref détour par la crise de l’anthrax qui, en 2001, créa une psychose mondiale mais dont les conséquences en France furent pire que partout ailleurs tant, nous l’explique un intervenant réjouissant de moqueuse clairvoyance, nous sommes un peuple prompt à agir comme d’hystériques adolescents, ainsi que l’interview jubilatoire d’une experte en graphologie qui dévoile ses tours pour confondre par l’écriture un corbeau expérimenté et vous obtenez un documentaire qui se dévore comme un bon polar, l’ambiance, par les images, le montage et la musique choisie est soignée et joue avec les codes du film policier (L’œil du Corbeau a d’ailleurs été sélectionné pour le prochain festival du polar à Cognac dont il va inaugurer la branche documentaire) et il nous aide à mieux cerner, même si cela reste superficiel en raison de la durée trop courte de 52mn, la psychologie malade et déviante des corbeaux ainsi qu’à mesurer l’ampleur des dégâts que la calomnie peut causer.<br /><br /><br />
Tous les amateurs d’intrigues policières aux canevas classiques mais toujours aussi efficaces devront attendre le mois de Novembre pour une diffusion télévisée qu’il ne faudra manquer sous aucun prétexte.

Pierre Chassagnieux, France, 2014, 52mn, Nilaya

Qui sont les « corbeaux », ces mystérieux expéditeurs de lettres anonymes, majoritairement diffamatoires, quelquefois susceptibles d’aider justice et/ou police dans une enquête compliquée ? Pourquoi se cachent-ils ? Que cherchent-ils ? Par quels moyens réussissent-ils, au moins un temps, à rester incognitos, cachés derrière des missives qui vomissent leur haine, leur jalousie, leur médisance ou expriment ce qu’ils ont trop peur d’avouer à visage découvert ?

En suivant le parcours d’une lettre anonyme, depuis sa confection jusqu’à sa neutralisation par les services de tri postaux, c’est ce à quoi va répondre ce film-documentaire que j’ai eu la chance de découvrir en avant-première et qu’a réalisé mon ami Pierre Chassagnieux.

Le voyage de la lettre, bien qu’offrant des images toujours étonnantes et fascinantes de l’envers du décor de la poste, du ramassage à la distribution des facteurs en passant par les centres de tri, n’est pas le plus palpitant.

Ce sont les étapes de ce voyage qui font de L’œil du Corbeau, plus qu’un simple documentaire, une sorte de mini anthologie du polar, trois histoires qui ont pour seul point commun les lettres d’un corbeau.

La première, à Tulle en Corrèze au tout début du XXème Siècle, avec ce corbeau qui inondait la ville de missives ordurières qui n’épargnaient rien ni personne, 110 lettres qui entrainèrent méfiance, psychose et mort, est stupéfiante tant elle dépeint une affaire de mœurs aujourd’hui évidemment impensable et à travers elle, une société sclérosée par le conformisme, les codes de bonne conduite et une pensée unique étriquée, qui ne laisse nulle place à la différence et la liberté de se comporter autrement.

Grâce à la passion de l’intervenante qui revit l’affaire en même temps qu’elle nous la raconte ainsi qu’aux nombreuses archives retrouvées pour illustrer le contexte, les décors et les protagonistes, le tout solidement épaulé par des images de reconstitution soignées, travaillées et qui nous immergent directement au cœur de l’histoire, c’est quasiment à un voyage dans le temps que nous convie Pierre Chassagnieux, l’ombre des brigades du tigre plane sur cette enquête aux rebondissements nombreux et surprenants et la résolution, loin d’être manichéenne, touche à un drame humain tellement complexe, qu’il est compliqué de se faire un avis tranché sur la personnalité du corbeau et l’ambiguïté de nos sentiments à son égard ajoute un plaisir supplémentaire à suivre cette étonnante intrigue que je ne connaissais personnellement pas et qui a été adapté en 1943 par Henri-George Clouzot dans le classique Le Corbeau.

La deuxième histoire est la tristement célèbre affaire du petit Grégory, qui n’en finit pas, 30 ans après de continuer à rebondir. Sauf qu’ici, sans rien vous dévoiler de ce que l’on apprend, l’identité du corbeau/meurtrier (fait rare nous explique un policier, puisqu’un corbeau ne passe généralement jamais à l’action et reste bien planqué derrière ses lettres anonymes) est très clairement révélée, il n’y a que peu de doutes possibles et c’est plus le récit d’un fiasco judiciaire qui nous est conté.

Une affaire dont le contexte de misère sociale ne m’avait jamais autant frappé qu’à travers les incroyables archives dénichées par le réalisateur, dont un stupéfiant enregistrement des appels téléphoniques du corbeau, et c’est sincèrement dérangeant de découvrir ces protagonistes pathétiques dont la mesquinerie et l’intelligence visiblement limitée ont causé la mort d’un enfant innocent.

Là encore, c’est conçu comme un polar, on avance dans l’intrigue avec ce plaisir légèrement sordide de découvrir une galerie de personnages dans laquelle se cache évidemment le suspect et c’est une réelle frustration de quitter trop tôt (durée du documentaire oblige) cet univers qu’on croirait sorti du film Série Noire tant il offre une plongée dans un contexte social complètement déprimant.

La troisième histoire montre quant à elle qu’un corbeau n’est pas seulement une menace ou un semeur de troubles, mais peut aiguiller, par sa connaissance de faits trop sensibles pour être révélés publiquement, la justice dans une enquête comme celle que menait la juge Eva Joly sur Elf.

Pour ceux qui connaissent l’histoire, on en retrouve ses pitoyables vedettes, de Loic Le Floch-Prigent à Christine Deviers-Joncour en passant par le si bien chaussé Roland Dumas, mais on découvre grâce à pierre Chassagnieux qui a réussi à décrocher une interview d’Eva Joly à propos de cette enquête (alors qu’elle ne s’était plus exprimé sur ce sujet) comment des lettres anonymes ont aidé à faire avancer une procédure qui aurait forcément mis beaucoup plus de temps à démasquer le scandale d’état, surtout qu’elle ne partait pas dans cette direction mais sur un montage financier dont Loic Le Floch-Prigent nous parle avec un détachement cynique qui ne fera que confirmer l’abjection que l’on peut éprouver à l’égard de ces grands patrons qui trouvent rien moins que normal d’obéir à des ordres qui éclaboussent d’indélébiles tâches la robe de notre République, à présent si souillée qu’elle ferait passer pour un modèle d’immaculée propreté celle de Monica Lewinsky.

Ajoutez à cela un bref détour par la crise de l’anthrax qui, en 2001, créa une psychose mondiale mais dont les conséquences en France furent pire que partout ailleurs tant, nous l’explique un intervenant réjouissant de moqueuse clairvoyance, nous sommes un peuple prompt à agir comme d’hystériques adolescents, ainsi que l’interview jubilatoire d’une experte en graphologie qui dévoile ses tours pour confondre par l’écriture un corbeau expérimenté et vous obtenez un documentaire qui se dévore comme un bon polar, l’ambiance, par les images, le montage et la musique choisie est soignée et joue avec les codes du film policier (L’œil du Corbeau a d’ailleurs été sélectionné pour le prochain festival du polar à Cognac dont il va inaugurer la branche documentaire) et il nous aide à mieux cerner, même si cela reste superficiel en raison de la durée trop courte de 52mn, la psychologie malade et déviante des corbeaux ainsi qu’à mesurer l’ampleur des dégâts que la calomnie peut causer.

Tous les amateurs d’intrigues policières aux canevas classiques mais toujours aussi efficaces devront attendre le mois de Novembre pour une diffusion télévisée (Planète) qu’il ne faudra manquer sous aucun prétexte.

LE GUETTEUR ★★

Viseur de pointe de Michele Placido avec Daniel Auteuil, Mathieu Kassovitz, Olivier Gourmet, Francis Renaud, Nicolas Briançon, Jerôme Pouly, Violante Placido, Luca Argentero, Arly Jover, Christian Hecq, Michele Placido, Hocine Choutri, Géraldine Martineau, Fanny Ardant, Cédric Melon et Tewfik Essafi. Scénario : Cédric Melon et Denis Brusseaux. Musique : Nicolas Errèra et Evgueni Galperine. Montage : Consuelo Catucci et Sébastian Prangère. Photo : Arnaldo Catinari. Durée : 1h29 – 2012 – 12/6/14 – France/Belgique/Italie

Ça démarre comme un polar français classique.

Un gang a multiplié les braquages dans Paris. Le commissaire Mattei, un dur à cuire qui a perdu son fils en Afghanistan, compte bien mettre un terme à la série et ça tombe bien, il sait où les malfaiteurs vont frapper et prévoit une opération pour tous les arrêter.

Sauf que ça dégénère, y’a des coups de feu et pour couvrir la fuite des braqueurs, un sniper tireur d’élite shoote un à un les flics pris au dépourvu.

Les gangsters se barrent, l’un d’eux est blessé et ils font appel à un médecin clandestin pour le soigner.

Tandis que Mattei tente de retrouver les coupables, Kaminski, le sniper-guetteur-chef de la bande est dénoncé par un appel anonyme et un à un, les membres de son gang sont décimés pendant que Kaminski croupit en prison.

Rien de fondamentalement original dans ce premier acte, on retrouve des gueules de polar toutes droit sorties de chez Marchal, les femmes sont cantonnées à de la figuration passive dans un univers ultra-macho, les dialogues sont vulgaires et violents comme il se doit, c’est âpre, noir et froid, mais déjà, je trouve ça plutôt bien chiadé, c’est bien filmé, très bien monté, la photo est soignée, la musique de Nicolas Errèra et Evgueni Galperine est tendue à souhait et totalement hypnotisante avec sa ligne de basse sous pression, les comédiens sont bons (y’a que pour Auteuil où je mets un peu de temps à croire à son personnage) et très vite, le scénario, malin, réussit à faire monter un suspens bien prenant.

Qui a doublé Kaminski ? Qui tue ses acolytes ? Qui a torturé cette avocate ? Je veux savoir, je suis accroché, ça fait du bien de voir un polar français (même si c’est un italien le réalisateur) qui se donne du mal pour créer une ambiance solide, une atmosphère qui pue le sang et le malheur, y’a de chouettes idées de mise en scène (comme l’arrivée de Kaminski dans le dos de Franck qui ne l’entend pas à cause de son casque sur les oreilles), bref, en moins de temps qu’il ne me faut pour dire j’aime quand une fille nue s’agenouille devant moi, me voilà pris par ce film qui, entendons-nous bien, n’est pas là pour nous proposer des sommets de réflexions intellectuelles mais bel et bien pour nous offrir un divertissement noir de chez noir qui nous tient en haleine du début à la fin.

Et puis, sans prévenir, voilà que le scénario (bravo Cedric Melon !) bifurque dans un trip survival horrifique bien glauque et craspec le temps d’un long tunnel quasi muet qui se termine en forêt (bravo Géraldine Martineau pour la performance !) avec des images que l’on croirait tirées d’une péloche horrifique bis comme on les aime !

Une surprise qui me prend au dépourvu et me réjouit les papilles tellement je m’attendais à un spectacle au parcours balisé, connu, plusieurs fois emprunté et certainement pas à ce dérapage contrôlé qui flirte avec le genre tout en restant intimement lié avec le reste de l’intrigue puisque cette embardée sordide permet de donner corps à un dernier acte façon western urbain (avec de chouettes plans sur les toits parisiens) où l’affrontement attendu entre le flic et le sniper prend une toute autre dimension, grâce aussi à un retournement audacieux et sacrément couillu du trauma afghan,  et alors que je m’embarquais pour un polar classique au sens marchalien du terme, je me retrouve avec une variation autour du thème du justicier façon Jack Reacher mais en plus tordu, moins réac et plus malin.

Je ne m’attendais pas à un grand film et j’ai été cueilli. Alors je ne voudrais pas que cette chronique vous fasse espérer monts et merveilles et que vous soyez déçus. L’intrigue comporte quelques points faibles sur lesquels il vaut mieux ne pas trop revenir, avec notamment un lien un peu trop « comme de par hasard » tiré entre deux personnages. Mais si vous êtes curieux à l’idée d’assister à un film qui, non seulement est très efficace dans sa forme, respectueux des règles du genre (avec fusillades sanglantes, trognes de circonstance et garagistes mafieux), dont le rythme ne débande pas une seconde (ça fait longtemps que j’avais pas été littéralement scotché à l’écran du début à la fin des 85 minutes) et qui en plus, s’offre le luxe de casser de manière réjouissante les sempiternelles figures imposées du polar pour lui conférer une épaisseur plus psychologiquement barrée (la séquence où Mattéi vise le tueur au milieu de la foule parisienne est sacrément intense) qui ravira les amateurs de psychokiller à l’ancienne, alors Le Guetteur est fait pour vous.

C’est pas un chef d’oeuvre mais vous vous en souviendrez. Ce qui est déjà énorme.

HORICI KER (SACRIFICE) ★★★

Prague against the machine d’Agnieszka Holland avec Tatiana Pauhofovà, Jaroslava Pokornà, Petr Stach, Vojtech Kotek, Patrik Dergel, Martin Huba, Igor Bares, Jan Budar, Adrian Jastraban, Ivan Trojan et Denny Ratajsky. Scénario : Stepan Hulik. Musique : Antoni Lazarkiewicz. Montage : Pavel Hrdlicka. Photo : Rafal Paradowski et Martin Strba. Durée : 4h (3x80mn) – 2013 – 4-5-6/6/14 – République Tchèque – TF : « Sacrifice »

Prague, Aout 1968. Les troupes soviétiques du pacte de Varsovie entrent en Tchécoslovaquie pour mettre un terme au Printemps de Prague et ses velléités de libéralisation, entamées 7 mois plus tôt.

Janvier 1969. Jan Palach, étudiant de 21 ans, s’immole par le feu sur la place Venceslas pour protester contre l’occupation russe et promet une vague de suicides identiques si la Tchécoslovaquie n’est pas libérée.

Il meurt trois jours plus tard, devenu le symbole, jusqu’à l’étranger, de la résistance pacifique du peuple Tchèque.

Afin d’éviter un effet de contagion, un cadre du parti communiste soumis à l’envahisseur, évoque un acte dicté par l’extrême-droite avec l’appui d’espions étrangers ainsi qu’une théorie absurde à propos de « feu froid ».

La famille de Jan Palach (sa mère et son frère) porte plainte pour diffamation, afin que le courage et la valeur du sacrifice de l’étudiant ne soient jamais oubliées ni salies.

C’est la jeune avocate Dagmar Burešová qui est choisie pour défendre le dossier mais cette dernière, effrayée à l’idée de s’en prendre aux soviétiques, commence par refuser.

Le premier tour de force de cette minisérie en trois parties, produite par HBO Europe et réalisé par Agnieszka Holland, devenue justement l’une des réalisatrices fétiches de l’écurie HBO, est d’avoir su, dès le début, dépasser le strict cadre historique et géographique pour atteindre une portée universelle et intemporelle.

Jan Palach, c’est aussi Mohamed Bouazizi en Tunisie dont l’immolation a marqué le point de départ du Printemps Arabe. C’est un moine au Tibet contre l’occupation chinoise. Les troupes russes à Prague sont aussi celles qui contrôlent une partie de l’Ukraine. C’est l’armée américaine dans une interminable liste de pays au-devant desquels l’Irak et l’Afghanistan. Les pressions du parti contre l’instruction judiciaire menée par Dagmar Burešová avec mises sur écoute, intimidation et menace des magistrats ou dossiers qui disparaissent mystérieusement, c’est le système toujours actif de la sarkozie pour protéger ses arrières.

L’intégralité des faits relatés par Holland et son scénariste Stepan Hulik dans Sacrifice nous renvoie à d’autres, plus ou moins récents, plus ou moins près de nous, ce qui déclenche une identification immédiate, une immersion totale dans l’intrigue. Le contexte dans lequel agit Jan Palach nous est familier. Car ni la réalisation, ni la reconstitution, ni le jeu des acteurs, contrairement par exemple, à une fiction historique traitée par TF1, n’est figée dans la fonction « bienvenue au musée ». L’important n’est pas tant de décrire une époque que d’en extraire sa substantifique moelle, sa portée universelle, pour transcender le sujet et ne surtout pas lui conférer l’immonde sensation d’appartenir au passé et de ne plus être envisageable aujourd’hui.

Pari largement réussi. Peut-être encore plus que prévu. On frémit devant les faits relatés tant certains paraissent tout à fait plausibles, ici, en France, en 2014, à l’heure où une guerre invisible et financière, menée par une classe dominante, impose une dictature extrêmement répressive sur une partie de la population, ses classes les plus défavorisées.

Si un étudiant s’immolait devant la Sorbonne contre le totalitarisme exercé par la bourgeoisie et promettait que d’autres suivront son exemple, notre gouvernement actuel, bien trop fragile pour survivre à un soulèvement populaire, ne serait-il pas tenter de céder à la manipulation de l’opinion publique en traitant la tragédie via des éléments de langage repris par les médias qui réduiraient à néant son impact, un peu comme utiliser l’obscène et ridicule expression « loup solitaire » à propos de sous-hommes dégénérés, tueurs d’innocents, organisés, financés, bénéficiant de réseaux, de complicités et de soutiens internationaux, pour amoindrir la menace qu’ils représentent et les lacunes dans la surveillance du territoire ?

On se prend dont toute l’histoire de Jan Palach en pleine gueule tant sa résonnance est toute particulière aujourd’hui et ce n’est forcément pas un hasard si ce téléfilm a vu le jour en cette période trouble où la résistance devient un terme qui mérite d’être réinvestit d’un sens tant les médias s’en sont emparés pour l’en vider. Et à ce niveau-là, la mission est remplie haut la main. On se retrouve confrontés pendant 4h à toutes les questions que l’on peut se poser quant à son propre engagement politique et les limites que nous sommes prêts à franchir pour défendre nos libertés, et l’acte de Palach (ou de Bouazizi, donc) prend une toute autre ampleur quand on le confronte à l’ensemble des conséquences qu’il provoque et ça fait du bien de redonner du sens à des actions dont, inondés par le flux médiatique continu qui noie sous des tonnes de rien, l’essentiel que l’on devrait capter, nous ne mesurons plus le degré d’engagement, de volonté, d’abnégation et de souffrance qu’elles nécessitent pour être menées.

Or le deuxième grand point fort de Sacrifice est de nous offrir un récit sans manichéisme intempestif, de manière à ce que l’on se pose justement la question de l’engagement, dans toute sa vaste complexité. Bien sûr, le point de vue est partisan (comment pourrait-il en être autrement ?) et il y a les « gentils » et les « méchants ». Mais il n’y a, ni dans un camp ni dans l’autre, de caricature grossière. Chez les « gentils » on se demande bien souvent si les actions menées ont un sens et si mettre en péril sa propre famille pour défendre ses valeurs vaut vraiment le coup, quand chez les « méchants », on peut avouer avoir agi en dépit de ce que dicte sa nature profonde, simplement parce qu’on estime que politiquement, il est préférable de se comporter comme un beau salopard.

Et c’est fascinant de découvrir ces différents profils psychologiques que l’on comprend tous (même s’il est impossible d’en excuser certains) parce qu’ils reflètent nos propres questions sur ce que nous ferions dans un cas identique à celui raconté. En dépit de mes grands discours sur l’égalité, la justice et la liberté, irai-je jusqu’à mettre en danger les miens ? J’en doute fort. Ou alors il faudrait un contexte radical. Et si mon fils était prêt à sacrifier sa vie pour sa liberté, parviendrais-je à le comprendre ? Pourrais-je l’accepter, vraiment, au fond de moi ? Ne serais-je pas rongé par cette infernale question, exprimé lors d’une des nombreuses scènes poignantes du film par la mère de Jan, de savoir si au final, mon fils a pensé ou non à moi, à sa mère, au moment de passer à l’acte ou s’il était trop aveuglé par sa soif de justice pour penser à la peine qu’il causera à sa famille ?

Tous les personnages apportent leur lot de questions, de doutes, de réflexions, de valeurs, on est loin d’un traitement à la va comme je te pousse où tout serait noir ou blanc, binaire, facile, rassurant, même le « traitre », en dépit de l’envie de lui cracher à la gueule, on ne peut que comprendre ses motivations et se demander ce que l’on ferait à sa place, ce que résume cruellement un officier de la police secrète qui, évoquant le besoin de protéger ses petits, assure que l’homme finit immanquablement par faire ce qu’on lui demande.

C’est réjouissant d’assister à tant d’intelligence dans le propos et le récit tout en préservant intact l’aspect « divertissement » puisque le scénario est conçu comme un véritable suspens politique, dans la lignée des chefs d’œuvres de Costa-Gavras, on tremble quant à l’issue du procès, on s’indigne en trépignant de rage devant les mesures prises par le parti communiste pour étouffer tout désir de rébellion dans le monde étudiant, c’est tendu, le rythme ne s’essouffle jamais, en plus de nous ouvrir les yeux sur une capitale page de l’Histoire contemporaine, Sacrifice a l’audace d’avoir l’efficacité des meilleurs thrillers, et la réalisation d’Holland, tout en sobriété et subtilité (parvenir à donner de l’ampleur à sa réalisation dans le huis clos étouffant d’une minuscule salle d’audience, quel défi !), avec d’excellentes idées comme celle de mêler ici et là les images du film à celles des archives (notamment lors de l’impressionnante marche pour l’enterrement de Palach) est toute entière dévouée au script et le sert de la plus remarquable des manières.

La part « émotion » est quasi intégralement réservée au personnage de la mère de Jan et même si l’on a parfois le sentiment de se faire un peu manipuler (la scène du train avant qu’elle apprenne la tragédie), les larmes ne sont jamais loin (ou carrément bien présentes, comme lors de l’hommage nocturne en forme de veillée funèbre) tant tout ce qu’a enduré la pauvre femme est abject (les photos de l’autopsie, la tombe incinérée), révoltant et malheureusement abominablement banal dans un cas de figure tel que celui-ci. Quand la police décide de mettre la pression, on le sait, même en France sous un gouvernement socialiste, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère. Alors à Prague en 69…

Si on ajoute à ces points forts une interprétation de grande qualité, avec mention spéciale pour la très jolie Tatiana Pauhofová qui joue Dagmar Burešová (et dont le tandem avec Pavel évoque les meilleurs duos d’investigation à la sauce Les Hommes du Président) Sacrifice devient bien plus qu’un témoignage/hommage historique. C’est aussi et surtout une fiction exigeante et intelligente, riche en émotions, qui permet de se poser les bonnes questions et de réfléchir à ce qui, pour nous, définit le mot liberté.

Si au sens philosophique et existentialiste du terme, la liberté n’existe pas, il faut lui donner corps socialement. Que sommes-nous prêts à accepter avant de nous définir comme privés de liberté ? Et dès lors, jusqu’où irions-nous pour retrouver cette dernière ?

Plus d’actualité que jamais, Sacrifice est indispensable pour quiconque éprouve le besoin de tester ses propres idées, ses propres valeurs, son propre engagement en les confrontant, façon crash-test, à la plus radicale des extrémités.

GAME OF THRONES – SEASON 4 ★★★★

Smashing the beetles de David Benioff et D.B. Weiss. Réalisation : Alex Graves, Alik Sakharov, Michelle MacLaren, Neil Marshall et D.B. Weiss avec Lena Headey, Peter Dinklage, Emilia Clarke, Maisie Williams, Kit Harington, Iain Glen, Sophie Turner, Nikolaj Coster-Waldau, Rory McCann, Charles Dance, Alfie Allen, Jack Gleeson, Isaac Hempstead Wright, John Bradley, Aidan Gillen, Conleth Hill, Gwendoline Christie, Sibel Kekilli, Kristian Nairn, Rose Leslie, Natalie Dormer, Stephen Dilanne, Daniel Portman, Liam Cunningham, Carice van Houten, Iwan Rheon, Pedro Pascal, Peter Vaughan, Michiel Huisman, Kate Dickie, Indira Varma, Ciaran Hinds, Hafpor Julius Björnsson et Chris Reilly. Scénaristes : David Benioff, D.B. Weiss et Bryan Cogman, d’après l’œuvre A Song of Ice and Fire de George R.R. Martin. Musique : Ramin Djawadi. Montage : Katie Weiland, Crispin Green et Tim Porter. Photo : Anette Haellmigk, Jonathan Freeman, Robert McLachlan, Fabian Wagner et David Franco. Durée : 10h (10x60mn) – 2014 – 14/4/14 au 16/6/14 – USA/Grande-Bretagne – TF : « Le Trône de fer – saison 4 »

————- SPOILERS ——————————

Chaque saison de Game of Thrones me pose le même problème : comment en faire la chronique sans que ça me prenne 10 pages à écrire tellement y’a de choses à dire ? Comment rendre hommage à 10 heures de spectacle absolument dingues sans transformer ça en une pénible liste exhaustive de tout ce qui m’a rendu zinzin au fur et à mesure des épisodes ?

Pour ne rien arranger, cette saison 4 est pire que les deux précédentes car elle retrouve enfin le niveau démentiel de la première, c’est juste une tuerie, chaque intrigue, chaque trajectoire, chaque personnage, chaque lieu, chaque enjeu, réserve son lot d’émotions fortes, de rires, de larmes, de chocs psychologiques traumatisants, d’étourdissements visuels, et je voudrais tout énumérer de ce que j’ai ressenti tellement je suis excité par l’existence même d’une série aussi folle et géniale que celle-ci, je voudrais raconter, comment à la fin de l’épisode 1 j’ai trépigné d’enthousiasme en voyant Arya se servir enfin de son Aiguille, comment à la fin de l’épisode 2 j’ai entamé une gigue de la joie face aux yeux injectés de sang d’un infâme crevard, comment à la fin de l’épisode 3 j’ai levé le poing Black Panthers style devant le catapultage de colliers d’esclaves, comment à la fin de l’épisode 4 j’ai frémi en découvrant le sort réservé par les white walkers aux bébés sacrifiés, comment à la fin de l’épisode 5 j’ai exulté en voyant la lame de Snow traverser la bouche d’un renégat, comment à la fin de l’épisode 6 j’ai été bouleversé par le speech rageur et déterminé de Tyrion à l’issue d’un odieux simulacre de procès, comment à la fin de l’épisode 7 j’ai tergiversé en pensant aux conséquences de l’acte nécessaire mais extrême de Lord Baelish, comment à la fin de l’épisode 8 j’ai rien fait parce que j’ai plus pu réagir pendant 1 heure, comment à la fin de l’épisode 9 j’ai été essoré par une bataille homérique, dantesque, incroyable ou comment à la fin de l’épisode 10 j’ai été ébouriffé par le vent de l’espoir qui à travers Bran et sa rencontre avec le Père Fouras des racines ou Arya et son départ vers un éventuel sauveur promet, en dépit de l’extrême noirceur de l’intégralité des autres intrigues, un espoir potentiel, un renouveau probable, un zeste de lumière dans un monde de brutes.

Je pourrais faire ça mais ce serait remarquablement ennuyeux à lire. D’autant qu’il me faudrait ensuite vous parler non plus de la fin des épisodes mais de leur intégralité car si les chocs des dernières minutes sont à ce point marquants et remuants, c’est qu’ils sont amenés par toute l’heure qui précède avec une intelligence d’écriture à se taper la tête contre les murs, servie par des dialogues dingues, eux-mêmes sublimés par des comédiens qui TOUS semblent se dépasser à chaque phrase qu’ils prononcent.

George RR Martin et les scénaristes ont ce talent fou de parvenir, via de longs et passionnants dialogues, à nous mettre dans un certain état d’esprit, à orienter notre attention là où ils l’ont décidé, à nous assurer que les choses vont se passer d’une certaine manière et quand on est mûrs, totalement dirigés comme ils l’ont prévu, BIM !, c’est la balayette, le gros tacle qui fait mal, on nous prend à revers, on nous balance l’exact inverse de ce que l’on avait envisagé, on déjoue nos attentes et nos espoirs, il se passe exactement le contraire de ce que l’on imaginait, et l’on a beau connaitre la méthode, impossible de la déjouer (enfin si, à la condition de refuser de s’investir émotionnellement dans l’intrigue et de s’amuser à spéculer cyniquement sur l’inverse de ce qu’on nous promet à l’écran mais dans ce cas-là, on se prive de l’intensité qu’offre la série pour qui la suit au premier degré) et même si parfois ça fait franchement mal, comme quand s’affrontent une Montagne et une Vipère, que c’est bon de se faire avoir ! Que c’est jouissif de se faire cueillir ! De se sentir constamment en danger ! De ne rien pouvoir prévoir tant tout est possible ! De ne jamais être assuré que parce que tel ou tel personnage est si populaire, il ne va pas crever comme une merde et si possible dans la plus atroce des souffrances !! Valar morghulis !

J’ai souvent vu passer ici et là des remarques à propos de la série de gens raillant qu’un épisode c’est 55 minutes de blabla pour 5 minutes d’action. Et d’une, c’est faux. Particulièrement dans cette saison 4 extrêmement généreuse en scènes spectaculaires. Et de deux, sans les « blablas », l’action n’aurait jamais le même impact, la même résonnance, il faut être sacrément crétin pour ne pas mesurer à quel point les dialogues jouent un rôle primordial dans le séisme psychologique que provoquent les rebondissements souvent ultra-violents de la série.

Et puis putain, quand on a des conversations comme celle d’Oberyn face à Tyrion à propos de la naissance de ce dernier, ou bien cette scène durant laquelle Ramsey le tortionnaire sociopathe demande à sa propre victime Theon de le raser, ou ce brillant monologue de Tyrion à propos du cousin Orson qui écrase les scarabées (et à travers lequel on devine l’autoportrait de George RR Martin), ou encore cet instant suspendu durant lequel le vieux Maester Amon évoque son amour perdu à un Sam fébrile, comment ne pas bander devant pareil talent d’écriture, devant cette capacité à utiliser les mots pour nous manipuler de la plus précise et maline des façons, comment ne pas pousser des cris de joie (oui, parfaitement, je pousse des cris de joie devant ma télé) devant tant d’habileté, d’ingéniosité, de virtuosité pour parvenir, avec des mots et une mise en scène la plus dénudée possible (ces 4 exemples se déroulent en plans serrés, dans un lieu unique, quasiment sans accessoire et dans une obscurité qui sied à la tension véhiculée par les dialogues) à créer un suspens plus épais qu’un pastis sans eau ?

Même si j’adore les scènes d’action de la série, même si je me régale de m’en prendre plein les yeux comme si j’étais au cinéma en train de mater une super-super-production hollywoodienne (mais qui serait intelligente), je crois que mes passages préférés sont quand même ces joutes verbales, ces duels de mots, ces bastons sauvages verbales, d’abord parce qu’elles sont divinement écrites, ensuite parce qu’elles sont divinement jouées, enfin parce que sans elles, les prouesses visuelles n’auraient pas le même impact.

Je pourrais donc faire cet inventaire exhaustif de tous les moments clés de la série mais seuls les plus vaillants d’entre vous parviendraient au bout de la lecture et ce serait du temps perdu pour tout le monde.

Parce que je me connais. Si je me lance dans la liste, je vais tout vouloir mentionner. Du plus dingue, comme cette scène de baise incestueuse entre un frère et sa sœur devant le cadavre de leur enfant, au plus délicieux comme ces nombreuses et si représentatives de la série scènes de nu.

Et puis je voudrais tout analyser aussi. Comme par exemple la trajectoire de la Khaleesi qui fait, à ses dépens, l’apprentissage des conséquences dramatiques inhérentes à toute révolution.

En se révoltant contre l’esclavage, Daenerys Targaryen commet des actes aussi cruels et barbares que ceux contre lesquels elle vient de s’élever. Difficile de mener une guerre « juste ». Difficile de mettre aussi brutalement la liberté entre les mains d’une population qui n’était pas préparée à l’avoir. Difficile de revendiquer la justice quand pour l’appliquer on décrète des lois ségrégationnistes.

Tout ce que vit la Khaleesi dans cette saison est absolument fascinant, résonne plus que jamais avec l’actualité, soulève nombre de question quant à la volonté de certains d’apporter par la force la démocratie dans des pays dont ils ne connaissent rien des us et des coutumes, dont ils ne prennent pas le temps de mesurer les conséquences sur le long terme que peut avoir une révolution du système, un chamboulement radical des valeurs et de la dynamique sur lesquelles repose une société même si cette dernière, vue de l’extérieur, parait injuste et inhumaine.

Si tout est politique dans Game of Thrones, c’est clairement avec la sublime targaryenne que le débat est le plus poussé, même si, comme à leur habitude, les auteurs parviennent à le vulgariser suffisamment pour qu’il reste divertissant mais pas assez pour le rendre simplet.

Et puis quelle idée de génie de bousculer sa relation avec ses dragons. De rappeler que ces bestioles ne peuvent être domestiquées, par qui que ce soit. Bon, encore une fois, c’est par l’extrême que le récit va amener la Khaleesi à réagir, avec ce petit corps carbonisé qu’on lui amène, mais ça c’est habituel dans la série, rien ne se fait par la plus douce des manières.

Même quand une baston classique à l’épée démarre entre Brionne et The Hound, par exemple, ça finit toujours dans un déchainement bestial, sanglant, paroxystique, méchamment barbare !

A l’image de la bataille au pied du Mur, 50 minutes tout simplement barges, menées par Neil Marshall qui, après celle de Port-Real, revient pour une deuxième manche, spectaculaire, riche en surprises (la Faucheuse !!!), en gore bien cra-cra, en fantasy pure et dure (les géants) et en prouesses virtuoses, à l’image de ce plan séquence tout simplement époustouflant.

Si on m’avait dit, à l’époque de Manimal, l’Homme de l’Atlantide, V ou Le Prince de Bel-Air, qu’un jour une série télévisée allait m’offrir un spectacle aussi luxueux (ah la musique ! ah les décors !! ah les paysages !!! ah les effets spéciaux !!!!), aussi soigné, aussi saignant, aussi visuellement ébouriffant, j’aurais probablement ricané. Bien que je ne ricane jamais. Mais y’a un début à tout.

Et puis bon, j’aurais pas pu m’empêcher non plus de vous parler du Prince Oberyn Martell, nouveau venu dans la série, qui débarque à Port-Real pour le mariage de Joffrey mais qui n’est animé que par la vengeance tant il est certain que les Lannister sont coupables du viol et du meurtre de sa sœur.

Oberyn est un personnage absolument démentiel. D’abord parce qu’il est incarné par un certain Pedro Pascal et que le mec a un charisme de malade mental, il dégage une aura animale et sexuelle comme j’en ai rarement perçu à l’écran, que cette aura est exploitée à sa juste valeur puisqu’Oberyn est méta sexuel et baise constamment, des filles ou des garçons, et sa trajectoire, d’une cohérence et d’une solidité à toute épreuve, constitue à mes yeux la plus géniale des intrigues de la saison.

Avec ses fringues ahurissantes (comment ils doivent s’éclater les costumiers sur cette série), son accent incroyable, ses talents de combattant, sa détermination, son humour, son assurance, son arrogance insolente et communicative, il devient mon personnage préféré en à peine quelques scènes.

J’en serais sacrément récompensé.

Heureusement que je suis aussi fan de The Hound qui forme avec Arya un duo comique hilarant (bien que comme d’habitude, l’humour nait encore de la violence et du sang) et les auteurs se régalent avec cet improbable tandem, dont ils se servent pour rythmer de manière comique et/ou ironique, les épisodes. Et puis il y a une vraie émotion dans leur relation, une vraie profondeur qui touche et marque et épate, et l’évolution incroyable du personnage de The Hound prouve encore une fois l’incroyable talent de la série pour nous retourner comme des crêpes et vraiment, j’adore ce type, j’adore son interprète et…

…j’en serais sacrément récompensé.

Donc voilà quoi, c’est pour éviter de vous parler de tout ça et d’un milliard d’autres choses comme par exemple des attaques de squelettes dans la neige, des cannibales chauves comme dans les collines de Wes Craven, un Mance Rayder plus sage que les « civilisés » qui le combattent, un Lannister planté sur le trône mais pas celui en fer ou une Shae qui se doigte avec l’index du Tyrion, que je vais me contenter d’un résumé sommaire, un truc qui dirait :

Cette saison 4, d’un niveau particulièrement élevé, ne déçoit jamais, n’ennuie pas une seconde [enfin si, allez, une seule fois : quand « l’assistante » de la Khaleesi et le chef des Immaculés tapent la discute à propos du fait de se mater à oilpé, on sait pas trop où ça nous mène] et maintient une tension aussi réjouissante qu’éprouvante.

A l’image de son ouverture, avec l’épée de Ned Stark fondue et reforgée en deux nouvelles armes, elle est la saison de la division (les Lannister), de la corruption (la Khaleesi) et de la transformation (Jaime, Theon, The Hound, Snow, Arya, Sansa …)

Avec des personnages en perpétuel mouvement (sauf Cersei qui du coup, pourrit sur place, se dieudonnise dans la rancœur et la parano, empoisonnée par sa propre haine), Game of Thrones ne cesse d’évoluer de muter, de se renouveler.

Aucune dynamique n’est éternelle, aucun équilibre ne reste stable, les cartes sont sans cesses rabattues et redistribuées. Le pouvoir et l’autorité passe entre diverses mains. Le vainqueur du soir n’est pas assuré de le rester au petit matin.

Et de ce véritable chaos continuel, le téléspectateur tire un plaisir rare, celui d’assister à une aventure humaine dont il est strictement impossible de prévoir l’issue et encore moins son déroulement. 

Game of Thrones, c’est le reflet de notre monde à nous, en sempiternelle mutation, avec à chaque révolution ses conséquences imprévisibles, un nouvel ordre éphémère qui s’instaure et l’incertitude permanente qui nous ronge.

C’est notre monde mais en mille fois plus sexy.

Voilà, il faudrait que je me limite à un bref résumé de ce genre.

Mais je suis pas certain d’y arriver.

LA VIOLENCE DES RICHES

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Zones, 2013, 250p, 17€
On sait qu’une infime minorité de personnes détient la majorité des richesses de ce monde.
On sait que les riches n’ont pour seul et unique but dans la vie que s’enrichir toujours un peu plus.
On sait que les politiciens au pouvoir ne servent désormais qu’à permettre aux riches d’atteindre leur but et de défendre leurs intérêts.
Mais quelles sont, concrètement, les armes dont disposent les riches pour pilonner la classe populaire, préserver leurs privilèges, conserver le pouvoir et s’assurer de continuer à se transmettre entre eux richesses et passe-droits ? 
C’est ce que dévoile ce livre que l’on doit à des sociologues qui, depuis 40 ans, observent sur le terrain l’évolution des inégalités sociales et poussent ici un cri d’alarme. Jamais la guerre menée par la bourgeoisie sur le peuple n’a été aussi violente qu’aujourd’hui et le message de fin est très clair : si rien ne change, on fonce tout droit vers « une déflagration mondiale où le sens de l’intérêt collectif laisserait la place à une régression atroce par rapport aux acquis de l’époque des Lumières. Avec l’obscurité de la nuit réactionnaire pour quelques siècles. »
Et ce n’est pas une menace à prendre à la légère quand on découvre, à travers ces 250 pages, de quelles infâmes manières la classe dominante se débrouille pour écraser la classe ouvrière et s’en servir, au mieux, comme variable d’ajustement en fonction de l’évolution de ses besoins.
Les faits relatés par les Pinçon-Charlot ne viennent pas d’enquêtes à propos de mystérieuses organisations secrètes façon Bilderberg ou Diner du Siècle. Pas la peine d’aller chercher dans les théories du complot de quoi alerter le grand public. Non, tout est là, juste sous nos yeux, il suffit de bien regarder et c’est précisément ce que nous aident à faire les auteurs du livre. Par des données chiffrées, des témoignages, des portraits vécus, l’analyse de lois/décrets votés, le décryptage de comptes rendus de conseils d’administrations disponibles pour tous, l’éclairage sur les innombrables connexions entre le monde des entreprises, celui des Banques et les politiques, ils mettent en mots clairs et précis ce que les politiciens, les patrons et les journalistes tentent de camoufler tant bien que mal : l’incroyable violence d’une guerre des classes qui ne veut pas dire son nom.
C’est d’ailleurs la partie sur les médias qui m’a personnellement le plus marqué, tant est parfaitement expliqué ici le processus avec lequel, en employant des éléments de langage parfaitement choisis, les journalistes parviennent à faire passer certaines idées qui défont et pulvérisent tout lien social, comme par exemple faire naitre dans la tête des gens que le problème c’est le coût du travail, que les chômeurs sont des assistés ou qu’en France on déteste les riches et la réussite.
Avec ces fausses idées en tête, l’ouvrier n’a plus qu’à accepter la totale, inhumaine et dévastatrice domination exercée par les patrons puisqu’on lui répète à longueur de journée que c’est pour le bien de l’économie de son pays qu’on dégraisse, qu’on rabote, qu’on coupe, qu’on délocalise, qu’on met à la rue des travailleurs responsables de la crise économique et de la non reprise de l’activité. On se garde bien de lui dire que plus on réduit le cout du travail en plongeant des familles dans la misère, plus les dividendes reversés aux actionnaires augmentent.
Même si on se doute de ce qui se passe en coulisse, c’est hallucinant de le découvrir dans le détail. Les connexions entre les politiciens et les grands patrons sont écœurantes et lire à quel point Hollande et son gouvernement sont entourés des mêmes gros enculés à la solde de l’oligarchie dominante qui épaulaient l’ordure Sarkozy, ça donne envie, même à un nom violent comme moi qui, il y a peu encore, dénonçait la brutalité aveugle du manifeste L’insurrection qui vient, de prendre les armes pour faire un peu de ménage.
Comment pourrait-il en être autrement quand on découvre avec quel cynisme les riches profitent de la dérégulation des marchés et de l’ultra néo-libéralisme né sous Mitterrand pour s’enrichir toujours plus au détriment de pauvres (les médias emploient « précaires » et les dégâts de leur novlangue sont tout simplement désastreux pour des populations qui écopent d’appellations, de catégorisations, de sigles et d’étiquettes vident de sens qui les déshumanisent  et le stigmatisent toujours un peu plus et volontairement puisque la perte de repères quant à sa propre identité, combinée à la honte, grignotent efficacement toute forme de velléité de rébellion sociale) pas plus considérés qu’un outil de travail bon à jeter quand on estime qu’il ne sert plus ? Comment pourrait-il en être autrement quand on découvre comment le lobby des riches travaille sur les décisions prises à Bruxelles ou au sein de notre gouvernement actuel dont le chef a prétendu « combattre l’ennemi invisible de la finance » tandis que la grande majorité de son plus proche entourage promettait aux patrons et actionnaires qu’aucun de leurs privilèges ne serait remis en cause ? (Montebourg et Moscovici qui s’indignent de ne pas avoir été prévenus de la fermeture de l’usine Peugeot à Aulnay alors qu’ils fréquentent en même temps les responsables de la décision, c’est à devenir fou de haine) Comment pourrait-il en être autrement quand découvre avec quelle facilité les riches usent et abusent de la fraude fiscale sans risque d’être punis alors qu’un dealer de shit passe en comparution immédiate et se retrouve avec de la prison ferme et un casier qui ne le quittera plus ?
La violence des riches est insoutenable parce que pas dénoncée, subie, ressentie, ses dégâts sont considérables (lire la partie sur les deux immeubles de logements sociaux à Neuilly sur Seine et le traitement réservé à ses habitants par la municipalité) elle déshumanise, pousse au suicide, en toute impunité, sans que ne soit prise la moindre mesure pour l’endiguer et avec le martèlement des médias pour nous répéter que le problème, c’est le coût du travail, le problème, c’est le coût du travail, le problème, c’est le coût du travail, façon dictature totalitaire cachée sous le masque de la démocratie, Big Brother qui lave les cerveaux pour qu’une poignée de salopards puisse continuer à fréquenter ses clubs privés, naviguer sur ses putains de yacht et se branler devant la courbe sans cesse croissante de leurs revenus, seule et unique fierté dont la plupart aujourd’hui peuvent se vanter tant rares sont ceux qui dominent aujourd’hui autrement que par l’héritage et la transmission des fortunes.
Ce livre fait mal au ventre par l’ignoble réalité qu’il dépeint, mais il est indispensable pour prendre la mesure de la puissance du crime organisé que constitue l’oligarchie dominante, la violence physique et psychologique qu’elle exerce sur le peuple et les armes dont elle dispose pour perpétrer ce système néo-libéral fou à lier qui lui permet de toujours plus s‘enrichir tandis qu’à l’autre bout de la chaine, on sombre toujours plus loin dans l’extrême pauvreté.
Critique sans concession d’une société où la spéculation a remplacé toute autre forme de valorisation du travail, pertinente analyse de tous les moyens dont dispose la bourgeoisie pour assouvir sa soif de pouvoir et d’argent (le chapitre sur la cartographie des villes et plus particulièrement l’exemple en terme d’intimidation de l’avenue Montaigne sont frappants et d’une si brillante objectivité), La Violence des Riches nous alerte sur les risques que nous fait courir cette tragique casse sociale, n’apporte hélas pas de solution (sauf, celles, utopiques du « il faut changer le système ») mais permet d’y voir un peu plus clair d’ans l’extraordinaire manipulation médiatico-politique dont nous sommes les victimes et les riches, les seuls bénéficiaires.

Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Zones, 2013, 250p, 17€

On sait qu’une infime minorité de personnes détient la majorité des richesses de ce monde.

On sait que les riches n’ont pour seul et unique but dans la vie que s’enrichir toujours un peu plus.

On sait que les politiciens au pouvoir ne servent désormais qu’à permettre aux riches d’atteindre leur but et de défendre leurs intérêts.

Mais quelles sont, concrètement, les armes dont disposent les riches pour pilonner la classe populaire, préserver leurs privilèges, conserver le pouvoir et s’assurer de continuer à se transmettre entre eux richesses et passe-droits ?

C’est ce que dévoile ce livre que l’on doit à des sociologues qui, depuis 40 ans, observent sur le terrain l’évolution des inégalités sociales et poussent ici un cri d’alarme. Jamais la guerre menée par la bourgeoisie sur le peuple n’a été aussi violente qu’aujourd’hui et le message de fin est très clair : si rien ne change, on fonce tout droit vers « une déflagration mondiale où le sens de l’intérêt collectif laisserait la place à une régression atroce par rapport aux acquis de l’époque des Lumières. Avec l’obscurité de la nuit réactionnaire pour quelques siècles. »

Et ce n’est pas une menace à prendre à la légère quand on découvre, à travers ces 250 pages, de quelles infâmes manières la classe dominante se débrouille pour écraser la classe ouvrière et s’en servir, au mieux, comme variable d’ajustement en fonction de l’évolution de ses besoins.

Les faits relatés par les Pinçon-Charlot ne viennent pas d’enquêtes à propos de mystérieuses organisations secrètes façon Bilderberg ou Diner du Siècle. Pas la peine d’aller chercher dans les théories du complot de quoi alerter le grand public. Non, tout est là, juste sous nos yeux, il suffit de bien regarder et c’est précisément ce que nous aident à faire les auteurs du livre. Par des données chiffrées, des témoignages, des portraits vécus, l’analyse de lois/décrets votés, le décryptage de comptes rendus de conseils d’administrations disponibles pour tous, l’éclairage sur les innombrables connexions entre le monde des entreprises, celui des Banques et les politiques, ils mettent en mots clairs et précis ce que les politiciens, les patrons et les journalistes tentent de camoufler tant bien que mal : l’incroyable violence d’une guerre des classes qui ne veut pas dire son nom.

C’est d’ailleurs la partie sur les médias qui m’a personnellement le plus marqué, tant est parfaitement expliqué ici le processus avec lequel, en employant des éléments de langage parfaitement choisis, les journalistes parviennent à faire passer certaines idées qui défont et pulvérisent tout lien social, comme par exemple faire naitre dans la tête des gens que le problème c’est le coût du travail, que les chômeurs sont des assistés ou qu’en France on déteste les riches et la réussite.

Avec ces fausses idées en tête, l’ouvrier n’a plus qu’à accepter la totale, inhumaine et dévastatrice domination exercée par les patrons puisqu’on lui répète à longueur de journée que c’est pour le bien de l’économie de son pays qu’on dégraisse, qu’on rabote, qu’on coupe, qu’on délocalise, qu’on met à la rue des travailleurs responsables de la crise économique et de la non reprise de l’activité. On se garde bien de lui dire que plus on réduit le cout du travail en plongeant des familles dans la misère, plus les dividendes reversés aux actionnaires augmentent.

Même si on se doute de ce qui se passe en coulisse, c’est hallucinant de le découvrir dans le détail. Les connexions entre les politiciens et les grands patrons sont écœurantes et lire à quel point Hollande et son gouvernement sont entourés des mêmes gros enculés à la solde de l’oligarchie dominante qui épaulaient l’ordure Sarkozy, ça donne envie, même à un nom violent comme moi qui, il y a peu encore, dénonçait la brutalité aveugle du manifeste L’insurrection qui vient, de prendre les armes pour faire un peu de ménage.

Comment pourrait-il en être autrement quand on découvre avec quel cynisme les riches profitent de la dérégulation des marchés et de l’ultra néo-libéralisme né sous Mitterrand pour s’enrichir toujours plus au détriment de pauvres (les médias emploient « précaires » et les dégâts de leur novlangue sont tout simplement désastreux pour des populations qui écopent d’appellations, de catégorisations, de sigles et d’étiquettes vident de sens qui les déshumanisent  et le stigmatisent toujours un peu plus et volontairement puisque la perte de repères quant à sa propre identité, combinée à la honte, grignotent efficacement toute forme de velléité de rébellion sociale) pas plus considérés qu’un outil de travail bon à jeter quand on estime qu’il ne sert plus ? Comment pourrait-il en être autrement quand on découvre comment le lobby des riches travaille sur les décisions prises à Bruxelles ou au sein de notre gouvernement actuel dont le chef a prétendu « combattre l’ennemi invisible de la finance » tandis que la grande majorité de son plus proche entourage promettait aux patrons et actionnaires qu’aucun de leurs privilèges ne serait remis en cause ? (Montebourg et Moscovici qui s’indignent de ne pas avoir été prévenus de la fermeture de l’usine Peugeot à Aulnay alors qu’ils fréquentent en même temps les responsables de la décision, c’est à devenir fou de haine) Comment pourrait-il en être autrement quand découvre avec quelle facilité les riches usent et abusent de la fraude fiscale sans risque d’être punis alors qu’un dealer de shit passe en comparution immédiate et se retrouve avec de la prison ferme et un casier qui ne le quittera plus ?

La violence des riches est insoutenable parce que pas dénoncée, subie, ressentie, ses dégâts sont considérables (lire la partie sur les deux immeubles de logements sociaux à Neuilly sur Seine et le traitement réservé à ses habitants par la municipalité) elle déshumanise, pousse au suicide, en toute impunité, sans que ne soit prise la moindre mesure pour l’endiguer et avec le martèlement des médias pour nous répéter que le problème, c’est le coût du travail, le problème, c’est le coût du travail, le problème, c’est le coût du travail, façon dictature totalitaire cachée sous le masque de la démocratie, Big Brother qui lave les cerveaux pour qu’une poignée de salopards puisse continuer à fréquenter ses clubs privés, naviguer sur ses putains de yacht et se branler devant la courbe sans cesse croissante de leurs revenus, seule et unique fierté dont la plupart aujourd’hui peuvent se vanter tant rares sont ceux qui dominent aujourd’hui autrement que par l’héritage et la transmission des fortunes.

Ce livre fait mal au ventre par l’ignoble réalité qu’il dépeint, mais il est indispensable pour prendre la mesure de la puissance du crime organisé que constitue l’oligarchie dominante, la violence physique et psychologique qu’elle exerce sur le peuple et les armes dont elle dispose pour perpétrer ce système néo-libéral fou à lier qui lui permet de toujours plus s‘enrichir tandis qu’à l’autre bout de la chaine, on sombre toujours plus loin dans l’extrême pauvreté.

Critique sans concession d’une société où la spéculation a remplacé toute autre forme de valorisation du travail, pertinente analyse de tous les moyens dont dispose la bourgeoisie pour assouvir sa soif de pouvoir et d’argent (le chapitre sur la cartographie des villes et plus particulièrement l’exemple en terme d’intimidation de l’avenue Montaigne sont frappants et d’une si brillante objectivité), La Violence des Riches nous alerte sur les risques que nous fait courir cette tragique casse sociale, n’apporte hélas pas de solution (sauf, celles, utopiques du « il faut changer le système ») mais permet d’y voir un peu plus clair d’ans l’extraordinaire manipulation médiatico-politique dont nous sommes les victimes et les riches, les seuls bénéficiaires.

HER ★★

Quelques programmes de finesse dans un monde de brutes de Spike Jonze avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde, Chris Pratt, Matt Letscher, May Lindstrom, et les voix de Spike Jonze, Bill hader, Kristen Wiig et Brian Cox. Scénario : Spike Jonze. Musique : Arcade Fire. Montage : Jeff Buchanan et Eric Zumbrunnen. Photo : Hoyte Van Hoytema. Durée : 2h06 – 2013 – 31/5/14 – USA

Dans le futur selon Spike Jonze, on porte le pantalon haut au point de faire passer les falzars du Chirac pour des baggy du ghetto, la violence des rues des grandes villes semble avoir été éradiquée, tout comme la précarité des travailleurs.

A part ça, c’est tout pareil que pour nous, c’est-à-dire que toute la population passe son temps à communiquer avec des appareils technologiques, les smartphone étant devenus des oreillettes auxquelles on peut commander vocalement de lire les emails, les newsletters ou de jouer un mp3.

Comme dans notre monde, le corps de l’autre est devenu une abstraction, on en discerne à peine les contours tant on est plongés dans notre virtualité, connecté à notre monde parallèle, intime et personnalisable à l’infini.

On se croise, on se rentre parfois dedans, mais ces contacts n’ont plus rien de réel, ils font simplement partie de ces dernières contrariétés à travers lesquelles la réalité cherche encore à s’imposer lors de nos déplacement en général et dans les transports en commun en particulier.

Le héros du film, Theodore, est un homme à la dérive depuis qu’il est en instance de divorce d’avec sa femme, son amie, sa complice, depuis toujours. Il est éteint. Seul. Déconnecté du monde.

Jusqu’au jour où il achète un tout niveau système d’exploitation doté d’une très sensuelle voix féminine qui répond au nom de Samantha et avec laquelle Theodore va, petit à petit, construire une relation amoureuse, forcément différente de tout ce qu’il a vécu jusqu’alors puisque Samantha n’a pas de corps.

Tomber amoureux d’une intelligence artificielle évolutive, qui connait absolument tout de notre vie (puisqu’elle a accès à notre monde virtuel, celui dans lequel on confie tout, des remarques marrantes du petit dernier à nos angoisses les plus secrètes, nos secrets inavouables et même des photos de notre sexe en érection, au cas où) et qui possède le timbre de voix voilé de Scarlett Johansson, probablement seule comédienne actuelle capable de me faire frissonner le sexe en susurrant ne serait-ce qu’un mot, ce n’est pas une aberration difficile à accepter, c’est toujours mieux qu’un porte-clés qui dit I Love You.

Même si la brume de mélancolie qui plane au-dessus de Theodore du début à la fin souligne le caractère tristoune de voir un homme éprouver des sentiments pour un programme informatique, il y a une part de nous qui ne peut que comprendre que cette relation existe tant Spike Jonze a su l’écrire avec une intelligence, une finesse et une sensibilité remarquables.

Sans corps contre lequel se spooner , Theodore (Joaquin Phoenix, de tous les plans,  dingue de justesse et de réactions toujours sublimement dosées) plonge dans une relation ultra sensuelle, plus charnelle que tout ce que la plupart des comédies romantiques nous offrent à voir puisque, désireuse de tout apprendre de ce que signifie avoir un corps, Samantha pousse Theodore à redécouvrir la joie de toucher, palper, sentir, voir, regarder, apprécier, humer, afin de décrire au mieux ces sensations et c’est donc, paradoxalement, avec un film dans lequel le couple n’existe qu’à travers le corps de l’homme que l’on assiste à la scène de sexe la plus fémininement érotique tant elle fait appel non à l’image (mâle) mais aux sensations (femme), à l’intellectualisation de l’acte.

Car c’est de ça dont il s’agit. Jonze se débarrasse de ce corps encombrant qu’il faut nourrir, qui a besoin de dormir, qui s’impose dans la sphère de l’autre, pour dégager d’une relation amoureuse sa substantifique moelle. Entre Theodore et Samantha, il n’y a plus rien d’inutile, de superficiel. Certes, ils badinent, plaisantent s’amusent et font du sexe mais tout ce qu’ils échangent est primordial, important, nécessaire, jamais parasité par ce qui fera splitter le mariage d’Amy, la bonne copine de Theodore, qui voit son mari partir à cause d’une dispute à propos de chaussures mal rangées.

Et si le message était de nous rappeler combien il serait sain de nous concentrer sur ce qui compte vraiment ? Retrouver le goût des choses qui valent la peine d’être évoquées, partagées, vécues et cesser de perdre du temps avec toutes ces conneries futiles mais tout de même capables de nous pourrir la vie ?

C’est en tout cas ce qui arrive à Theodore qui, au fil de sa relation avec Samantha, se débarrasse des encombrantes valises qu’il se trimballe et qui l’empêchent de vivre, persuadé à tort qu’il ne pourra plus éprouver de sentiments aussi forts que ceux vécus avec son ex-femme. Samantha trouvera d’ailleurs les mots pour analyser de quelle manière nous faisons du passé un obstacle à notre avenir et avec quelle complaisance nous aimons ressasser en les exagérant à volonté ces moments où l’on a souffert, parce que c’est ainsi que l’homme est fait, s’il met seulement un genou à terre, il se persuadera plus tard d’avoir été complètement étalé au sol. C’est mieux pour l’ego de se dire qu’on a morflé bien plus qu’en réalité. Ça permet d’avoir moins mauvaise conscience face à notre léthargie post-rupture.

Bon vous l’avez compris, Jonze, moins déconneur et plus mature qu’à l’accoutumée, décrypte avec une étonnante et réjouissante intelligence les données d’une relation amoureuse et atteint ainsi les sphères analytiques d’un Woody Allen. Il y a d’ailleurs dans Her, et à maintes reprises, un humour très drôle et très décalé qui vient rapprocher encore un peu plus les deux auteurs.

Mais alors que je suis plus qu’agréablement surpris par le niveau du script, l’ambiance éthérée façon Lost in Translation mais en moins hilarant (y’a pas Murray), et moins sexy (on voit pas Scarlett) finit par me le faire paraitre longuet. J’ai l’impression que plus ça avance, plus ça traine, et plus ça traine et moins ça révèle de choses incroyables.

SPOILERS

Car finalement, que nous raconte Her si ce n’est une nouvelle histoire d’amour qui, si l’on excepte que la femme est un système d’exploitation, est très banale dans son déroulement. On se découvre, c’est tout nouveau, c’est excitant, on s’apprécie de plus en plus, on s’aime, on se dévore de passion, puis viennent les questions, les doutes, la peur de ne pas être à la hauteur l’un de l’autre, puis on se lance quand même, on oublie l’appréhension, mais voilà que l’évolution de l’un ne suit plus la courbe de celle de l’autre et l’on ne se retrouve plus, on s’aime encore mais le carcan du couple devient trop petit, trop étouffant pour l’un des deux et c’est l’inévitable séparation pour éviter que l’amour ne devienne une prison.

C’est beau, c’est vrai, c’est touchant, c’est tout ce que vous voulez, mais c’est pas révolutionnaire. Je sais pas pourquoi, je m’attendais à plus d’audace, un discours différent, un point de vue moins prévisible. J’attendais de Jonze qu’il transcende son sujet.  A l’image de cette séquence incroyable où Samantha fait venir une jeune femme chez Theodore qui, touchée par l’histoire incongrue du couple, accepte de prêter son corps pour une relation sexuelle. Là c’est bien, là c’est barré, là c’est inattendu.

Mais des moments comme ça, y’en a pas vraiment d’autres et le dernier acte apparait plus comme une fuite pour ne pas avoir à conclure son histoire que comme une conséquence réfléchie de ce qu’une relation pareille peut engendrer.

Et le côté « voilà Theodore, maintenant t’es prêt à revivre de vraies émotions » est franchement décevant.

Je suis donc partagé entre le plaisir pris face à l’intelligence du cœur et la sincérité de l’écriture de Jonze qui se met clairement à nu et nous ouvre une part de son intimité et de ses réflexions sur les joies et les douleurs liées à toutes relations amoureuses et la déception face à un spectacle qui, en se la jouant un peu trop arty, finit par noyer son sujet dans un déluge de mélancolie de plus en plus artificielle au fur et à mesure qu’elle nait de celle de Samantha. Même les notes de piano jouées par l’OS (et pourtant composées par Arcdae Fire) ne sonnent plus vraies à la fin mais seulement un moyen de donner une fausse épaisseur à une conclusion qui en manque cruellement.

Bon, Her mérite quand même très largement d’être découvert parce qu’il recèle un paquet de moments inédits, touchants et remarquables dont une scène de drague dans un bar plus vraie que nature avec la très coquine Olivia Wilde.

Et puis aussi parce qu’on y croise au détour d’une courte scène, l’incroyable May Lindstrom qui rappelle, à toutes fins utiles, à quel point c’est magnifique et fort bandant une femme enceinte.

En moins chichiteux dans sa forme, Her m’aurait certainement bien plus marqué par son fond. Tel quel, ça reste un bon film, qui de plus a le mérite de se démarquer de l’uniformité générale, mais pas inoubliable.

JOYLAND ★★★

★★★
Stephen King, 2012, 325p, Albin Michel, 21,90€
Dans le parc d’attractions de Joyland, en 1973, une jeune femme assassinée hante le Train Fantôme et son tueur court toujours. Il y a aussi une grande roue et une scène intense s’y déroulera par un soir d’orage. 
C’est sur ces éléments intrinsèquement liés à l’univers du King qu’Albin Michel, vend, très mal, Joyland.
Parce que le fantastique et l’horreur, ici, sont anecdotiques. D’ailleurs, on s’en contrefout. D’ailleurs, King lui-même semble s’en contrefoutre tellement c’est pas important dans son récit. Mais, comme s’il s’obligeait à respecter une sorte de charte afin de ne pas décevoir ses lecteurs en ne fournissant pas un quota minimum de frissons, il a ajouté ces fioritures thrilleresques qui s’intègrent assez mal dans l’ensemble et c’est le seul reproche que je peux formuler à l’encontre de ce roman. 
Parce que le reste est un pur bijou de nostalgie universelle, un récit initiatique, dans la lignée de la nouvelle qui donna lieu au film Stand by me et qui fait remonter du plus profond de nos êtres quantité de souvenirs aussi délicieux que douloureux.
Avec une simplicité que seuls des esprits snobinards ou faux-cul pourront lui reprocher, avec un humour parfois hilarant, avec une tendresse infinie et un sens du détail qui rend palpable, vivante, plus vraie que nature, chaque scène narrée, King raconte l’été des 21 ans de son héros, Devin.
L’été du premier chagrin d’amour, l’été du dépucelage aussi, l’été des amitiés qui durent toute une vie, l’été qui jamais ne sera oublié.
C’est drôle, c’est tendre, c’est vrai, c’est triste, c’est émouvant, prenant, ça se dévore littéralement et le contexte du parc d’attraction pour raconter une histoire pareille confère à l’ensemble cette remarquable touche d’originalité, cette bizarrerie géniale qui fait qu’on est dans un King et chez nul autre ailleurs, avec ce langage particulier des forains (la Parlure), ces personnages hauts en couleur (la juive de Brooklyn qui chaque été devient Madame Fortuna, la médium gitane !), cette Amérique adorée autant qu’haïe (un livre qui illustre la grande injustice de la vie en soulignant que Dick Cheney soit encore de ce monde, ne peut être qu’un livre merveilleux) , et puis il y a la mort et la maladie, ces deux fléaux désormais indissociables des derniers romans du Maitre et forcément plus terrifiants que tous les monstres qu’il ait pu décrire, traités ici avec une infinie pudeur, une douceur presque douloureuse, tout ça fait de Joyland une œuvre à la fois mineure par le genre auquel elle appartient (l’édition US a même été pensée pour ressembler à un pulp) mais grande et indispensable par sa capacité à nous faire ressentir un éventail d’émotions fortes sans avoir recours (enfin, pas majoritairement) à l’horreur ou l’épouvante.
Plonger dans Joyland c’est retrouver l’envie de boire des bières le soir sur la plage en écoutant les Doors ou Pink Floyd à fond, c’est se souvenir de la première fois que l’on a fait l’amour, c’est repenser à ces filles dont on tombait éperdument amoureux jusqu’à la fin de notre vie pour à peine 15 jours, c’est revivre ce putain de douloureux chagrin d’amour, celui qui a dévasté chacun d’entre nous, celui auquel on a donné tant d’importance, dont on pensait ne jamais se remettre, qui nous donnait envie de mourir tellement ça faisait mal, celui dont on se souvient finalement plus que la personne qui en est à l’origine, c’est repenser à cette période de notre vie où l’on pensait tout savoir, où l’on se croyait immortel, où l’on avait un avis sur tout alors qu’on ne connaissait rien, ou si peu… C’est un livre à travers lequel on se reconnait tous, et qui nous titille avec un talent fou la fibre nostalgique, pas seulement d’une jeunesse disparue mais de toute une époque aussi, plus insouciante, moins virtuelle, où on nous laissait un peu plus vivre qu’aujourd’hui… C’est pas du tout passéiste ni conservateur, non, c’est comme retrouver une vieille lettre écrite par un/une amoureux(se) et qui fait remonter à la surface non seulement les sentiments d’alors, mais également tout le contexte dans lequel ils sont nés.
C’est un livre incroyablement vivant, amoureux de la vie, léger et grave à la fois, exactement comme tout ce que nous vivions à l’époque, ces riens du tout qui nous semblaient pourtant si intenses et essentiels.
C’est un bonheur et King aurait pu s’en peine en assumer l’absence de fantastique. Peut-être est-il à une période transitoire de sa vie d’écrivain et qu’il parviendra d’ici peu à se laisser aller entièrement à ce genre d’histoires qui n’ont nul besoin de sang ni de spectre pour nous prendre à la gorge et nous vriller les tripes.

★★★

Stephen King, 2012, 325p, Albin Michel, 21,90€

Dans le parc d’attractions de Joyland, en 1973, une jeune femme assassinée hante le Train Fantôme et son tueur court toujours. Il y a aussi une grande roue et une scène intense s’y déroulera par un soir d’orage.

C’est sur ces éléments intrinsèquement liés à l’univers du King qu’Albin Michel, vend, très mal, Joyland.

Parce que le fantastique et l’horreur, ici, sont anecdotiques. D’ailleurs, on s’en contrefout. D’ailleurs, King lui-même semble s’en contrefoutre tellement c’est pas important dans son récit. Mais, comme s’il s’obligeait à respecter une sorte de charte afin de ne pas décevoir ses lecteurs en ne fournissant pas un quota minimum de frissons, il a ajouté ces fioritures thrilleresques qui s’intègrent assez mal dans l’ensemble et c’est le seul reproche que je peux formuler à l’encontre de ce roman.

Parce que le reste est un pur bijou de nostalgie universelle, un récit initiatique, dans la lignée de la nouvelle qui donna lieu au film Stand by me et qui fait remonter du plus profond de nos êtres quantité de souvenirs aussi délicieux que douloureux.

Avec une simplicité que seuls des esprits snobinards ou faux-cul pourront lui reprocher, avec un humour parfois hilarant, avec une tendresse infinie et un sens du détail qui rend palpable, vivante, plus vraie que nature, chaque scène narrée, King raconte l’été des 21 ans de son héros, Devin.

L’été du premier chagrin d’amour, l’été du dépucelage aussi, l’été des amitiés qui durent toute une vie, l’été qui jamais ne sera oublié.

C’est drôle, c’est tendre, c’est vrai, c’est triste, c’est émouvant, prenant, ça se dévore littéralement et le contexte du parc d’attraction pour raconter une histoire pareille confère à l’ensemble cette remarquable touche d’originalité, cette bizarrerie géniale qui fait qu’on est dans un King et chez nul autre ailleurs, avec ce langage particulier des forains (la Parlure), ces personnages hauts en couleur (la juive de Brooklyn qui chaque été devient Madame Fortuna, la médium gitane !), cette Amérique adorée autant qu’haïe (un livre qui illustre la grande injustice de la vie en soulignant que Dick Cheney soit encore de ce monde, ne peut être qu’un livre merveilleux) , et puis il y a la mort et la maladie, ces deux fléaux désormais indissociables des derniers romans du Maitre et forcément plus terrifiants que tous les monstres qu’il ait pu décrire, traités ici avec une infinie pudeur, une douceur presque douloureuse, tout ça fait de Joyland une œuvre à la fois mineure par le genre auquel elle appartient (l’édition US a même été pensée pour ressembler à un pulp) mais grande et indispensable par sa capacité à nous faire ressentir un éventail d’émotions fortes sans avoir recours (enfin, pas majoritairement) à l’horreur ou l’épouvante.

Plonger dans Joyland c’est retrouver l’envie de boire des bières le soir sur la plage en écoutant les Doors ou Pink Floyd à fond, c’est se souvenir de la première fois que l’on a fait l’amour, c’est repenser à ces filles dont on tombait éperdument amoureux jusqu’à la fin de notre vie pour à peine 15 jours, c’est revivre ce putain de douloureux chagrin d’amour, celui qui a dévasté chacun d’entre nous, celui auquel on a donné tant d’importance, dont on pensait ne jamais se remettre, qui nous donnait envie de mourir tellement ça faisait mal, celui dont on se souvient finalement plus que la personne qui en est à l’origine, c’est repenser à cette période de notre vie où l’on pensait tout savoir, où l’on se croyait immortel, où l’on avait un avis sur tout alors qu’on ne connaissait rien, ou si peu… C’est un livre à travers lequel on se reconnait tous, et qui nous titille avec un talent fou la fibre nostalgique, pas seulement d’une jeunesse disparue mais de toute une époque aussi, plus insouciante, moins virtuelle, où on nous laissait un peu plus vivre qu’aujourd’hui… C’est pas du tout passéiste ni conservateur, non, c’est comme retrouver une vieille lettre écrite par un/une amoureux(se) et qui fait remonter à la surface non seulement les sentiments d’alors, mais également tout le contexte dans lequel ils sont nés.

C’est un livre incroyablement vivant, amoureux de la vie, léger et grave à la fois, exactement comme tout ce que nous vivions à l’époque, ces riens du tout qui nous semblaient pourtant si intenses et essentiels.

C’est un bonheur et King aurait pu s’en peine en assumer l’absence de fantastique. Peut-être est-il à une période transitoire de sa vie d’écrivain et qu’il parviendra d’ici peu à se laisser aller entièrement à ce genre d’histoires qui n’ont nul besoin de sang ni de spectre pour nous prendre à la gorge et nous vriller les tripes.

POMPEII ✖

Mercredi des cendres de Paul W.S. Anderson avec Kit Harington, Emily Browning, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Kiefer Sutherland, Jared Harris, Carrie-Anne Moss, Jessica Lucs, Joe Pingue, Currie Graham et Sasha Roiz. Scénario : Janet Scott Batchler, Lee Batchler et Michael Robert Johnson. Musique : Clinton Shorter. Montage : Michele Conroy. Photo : Glen MacPherson. Durée : 1h45 – 2014 – 29/5/14 – Canada/Allemagne – TF : « Pompéi »

Britannia, 62 après JC.

Quand il était tout piki, Milo a vu le village de ses parents se faire massacrer par un méchant romain qui pue du cul. Son papa a été pendu à un arbre et sa maman, décapitée comme celle de Conan.

15 ans plus tard, Milo est devenu Le Celte. Le plus dangereux des dangereux gladiateurs de l’univers dangereux des arènes dangereuses.

Un sénateur romain aussi snob qu’un parisien estimant que le reste de la France se situe en Plouquerie, trouve fort dommage que les talents du Celte soient gâchés en province et il l’emmène à Pompéi, là où c’est méga hype avec du pognon et tout et tout.

En chemin, il croise une saucisse de la haute qui tombe amoureuse de lui en un demi quart de seconde.

Mais à Pompéi il va retrouver le méchant fils de pute qu’a tout niqué sa famille et en plus, y’a cette grosse montage avec un trou à son sommet qui fait rien qu’à péter de plus en plus fort.

Bon, on peut pas dire que je l’ai pas cherché. JB m’avait vivement conseillé de passer mon chemin, mais c’était plus fort que moi, ce soir-là, je voulais absolument un film qui me reposerait les neurones et comme Paul W.S. Anderson a, par le passé, maintes fois contribué à l’épanouissement de mes terminaisons nerveuses du kiff légèrement honteux, je n’ai pu résister à sa vision des derniers jours de Pompéi.

Pas une seconde je n’aurais pu imaginer que ce spectacle, que je pensais simplement débilos, allait pulvériser l’infini de la crétinerie absolue, créant un trou noir dans le trou noir de la nullité sans fond et ça fait bien longtemps que je m’étais pas infligé une über bouse de ce calibre !

Tout est nul. C’est pas plus compliqué que ça. Nul. Raté. Pourri. Ridicule. Pénible.

Parce que ce couillon d’Anderson, pas vraiment réputé pour être un cinéaste cérébral, s’est emparé sérieusement d’un script digne d’une médiocre série B en DTV (et ils se sont mis à 3 pour le torcher, non mais sérieusement les gars, comment on fait pour devenir scénariste chez vous, je veux venir !!) et l’a traité sans le moindre second degré, en full frontal, sans recul ni ironie, créant ainsi un décalage atomique entre l’idiotie ahurissante du récit et le sérieux papal avec lequel il est traité.

Les comédiens, condamnés à nous faire croire qu’ils croient en leurs personnages se retrouvent obligés de tenter d’apporter de la profondeur à leurs dialogues alors que chacune des répliques minables qu’ils sortent, peut être devinée avant qu’elle soit prononcée par le moins cinéphile des spectateurs tellement on ne s’exprime ici que par un enchainement de clichés indignes et misérables, dont le climax est atteint lors de l’échange entre Milo et Atticus dans la cellule avant le « Grand Jour », où tout ce qu’ils se disent, même dans leurs petits rires virils, écorche les oreilles tant on racle le fond des chiottes du poncif usé jusqu’à la fibre.

Du coup, l’intégralité du casting est réduit à mal jouer, tant il est de toute façon impossible de rendre consistant le brouillon d’esquisse raté de personnages dont ils sont affublés.

Ça fait mal au cœur pour le Kiefer qui se ridiculise à un point rarement atteint.

Mais c’est moins grave pour Emily Browning qui décroche la palme de la plus incroyable saucisse de l’année 2014 tant elle semble constamment ne strictement rien piger à ce qui se passe, c’est en tout cas ce qu’exprime son visage éteint et vide, sorte de Cameron Diaz en encore plus moche et bécasse.

Mais au moins, même si c’est de la gourderie, elle exprime quelque chose, ce qui n’est pas le cas du pauvre Kit Jon Snow Harington, qui lui, a beau se forcer, y’a rien qui sort, même pas un mini pet d’émotion quelconque, rien, le néant, et c’est là qu’on mesure à quel point il a de la chance d’avoir un rôle si bien écrit dans Game of Thrones, parce que c’est pas lui qui serait en mesure d’apporter une quelconque dimension à un personnage qui ne manquerait.

Bref, déplorable attitude de la part d’Anderson de traiter au premier degré son histoire aussi mal écrite et surtout, suicide artistique de livrer un remake de Spartacus (la série TV, pas le chef d’œuvre crypto-gay de Kubrick) sans déchainement gore ni poils de chatte !

Et avant Sparctacus, l’extraordinaire série Rome avait de toute façon imposé que désormais, toute reconstitution de cette période se devait d’être sauvage, sale, trash, ultra-sexuelle.

Là, on a droit à un traitement Walt Disnéen des combats dans l’arène ou des mœurs dépravées de la Rome antique (une mégère tâte les fesses d’Adewale Akinnuoye-Agbaje sans que l’on voit la main et c’est le summum de l’érotisme torride selon Saint Anderson) et c’est à se demander pour quelle raison on devrait s’infliger ce spectacle aseptisé quand il existe à portée de main la version gore-cul !

Bref, on endure tant bien que mal cette mauvaise histoire de méchant qui veut se marier avec la meuf de bonne famille qui veut se taper l’esclave héroïque réalisée avec les pieds et lamentablement interprétée et enfin, au bout de la 66ème minute, la montage qui pète s’excite pour de bon, c’est l’Apocalypse de la fête du slip de la météorite enflammée qui bombarde Pompéi et des gros nuages tout noirs qui cachent le soleil et là, oui, effectivement, y’a des images qui scotchent un peu (le bateau entrainé dans les rues par le tsunami) mais on s’est déjà tellement fait chier pour arriver jusqu’ici et ce con d’Anderson continue d’œuvrer dans le ridicule en nous gratifiant, alors que tout pète autour d’eux, des réactions les plus monstrueusement débilissimes de ses personnages (le sourire con-con d’Emily Browning à l’arrière de sa charrette quand elle voit surgir des flammes son chéri Milo, est juste culte) qu’on se contrefout tout simplement de ce spectacle de destruction, ça nous fait ni chaud (ah ah) ni froid tellement y’a zéro émotion, zéro enjeux, zéro rien du tout, qu’on attend que ça se termine et quand c’est le cas, sur cette image qui aurait pu être belle mais qui n’est que grotesque de par le ridicule des personnages qui en sont au centre, on respire enfin, comme après un marathon interminable, un marathon dans la médiocrité, l’insignifiance et la platitude.

C’est vraiment dommage, parce qu’avec un scénario aussi pitoyable, Anderson aurait pu faire un sublissime nanar. En le traitant au premier degré, il n’accouche que d’une bouse mortellement chiante et franchement pénible à regarder.

Loin du repos des neurones que j’attendais.